MATHILDE BERTRAND, Cahier LÉO FERRÉ n°12, p105 : ...CHARLES ESTIENNE (dans son “Poètes d’aujourd’hui” sur LÉO FERRÉ), au moyen du contraste des couleurs, entre obscurité et flash de lumière, met en évidence la dualité paradoxale de la poésie (chantée) de LÉO FERRÉ , en même temps que la synthèse qu’elle opère, sorte de miracle musical et scénique : “la résolution de toutes sortes de problèmes, d’obscurités, dans la plénitude harmonique.” Il s’improvise alors musicologue et ajoute: “Il y a un terme du vocabulaire de l’harmonie qui dit admirablement ceci : c’est le terme d’ACCIACCATURA…entendons par là que le tissu même de ce noir âpre et sourd dont le discours poétique de LÉO FERRÉ est fait semble parfois se détendre et s’éclaire alors brusquement de tous ces souvenirs, ou ces regrets de la lumière, qui sont ensevelis en lui, mais non abolis...”... ACCIACCATURA : Définition de ACCIACCATURA - Cnrtl Léo Ferré by SCL - Seghers : Préface de Charles Estienne : ...Et puis, il y a la musique. La musique, pour Léo Ferré, ce n'est pas seulement la scansion du propos et son enrichissement, la robe d'apparat ou de misère qui habille le fait ou le dénude, le tapis harmonique où le poème s'avance à son pas, son pas fixé par le musicien, c'est aussi, c'est d'abord un besoin sensuel et spirituel, la résolution de toutes sortes de problèmes, d'obscurités, dans la plénitude harmonique. L'on a plaisir, joie ou peine, et l'on fait des mélodies que l'on ne chante que pour se plaire à nouveau, ou se plaindre - se " complaindre ".
Il y a un terme du vocabulaire technique de l'harmonie qui dit admirablement ceci : c'est le terme d' " acciaccatura ". Ecrire une "acciaccatura " c'est proposer, pour un même accord, la dissonance et sa résolution. Le discours poétique de Léo Ferré est parsemé d' "acciaccatura ", entendons par là que le tissu même de ce noir âpre et sourd dont il est fait semble parfois se détendre et s'éclaire alors brusquement de tous ces souvenirs, ou ces regrets de la lumière, qui sont ensevelis en lui, mais non abolis. C'est comme, sous un ciel d'orage où souffle la bise, la brusque décharge électrique qui donne l'averse de printemps, la trouée de ciel bleu, et l'odeur des fleurs.