Ça sent la siesta.
En fait, déjà à une heure et demie du matin ça sentait la sieste. C’est l’heure où le téléphone a sonné. C’était une voix de femme sur le party. Elle cherchait son Peter. Il n’y a pas de Peter ici que je lui ai dit. J’ai ajouté t’as pas le bon numéro puis j’ai raccroché. J’aurais pu lui dire laisse tomber Peter. Avant que le coq n’ait chanté, il t’aura menti trois fois ! Les hommes ne renient plus, ils mentent.
Plus moyen de me rendormir après. Je venais à peine de me coucher. Une petite demi-heure de sommeil seulement. Je m’étais taper quelques enquêtes de Wallander avec Kenneth Branagh. Le fait de me réveiller en sursaut a choqué mes muscles. Je suis prise d’une série de spasmes. Et puis j’ai toujours cette douleur du côté gauche. Il paraît que c’est une inflammation des muscles intercostaux. Elle me talonne et me fait souffrir depuis des semaines, me coupant le souffle régulièrement. Pas moyen de trouver une position sans douleur, et pas moyen de prendre de grandes respirations profondes qui me permettraient de me détendre. Je tourne lentement du côté droit. Un peu plus, un peu moins, comme quelqu’un qui essaie de redresser un tableau pour qu’il soit bien droit et bien centré. Je suis à la recherche de la position parfaite qui taira la douleur et calmera les spasmes. Je me tourne et me retourne toutes les deux minutes. Et puis tout à coup je suis éveillée par le bip bip de recul d’une déneigeuse et le grattement de sa pelle sur le sol. J’ai dû m’assoupir quelques minutes. Il est trois heures. Les bip-bip et les grattements se poursuivent. C’est une valse à mille temps. La cadence est interminable, agressante.
Les spasmes reprennent. Je bouge un peu. Je trouve une position à peu près confortable. Je fige. Je me concentre sur ma respiration. Dormir, se reposer pour être en forme, pour aller pelleter. On se tape encore une bordée de neige de fou, une quarantaine de centimètres en douze heures, et si je veux sortir il ne pourra en être autrement. Il faut dormir. Et le sommeil vient tranquillement. Je retrouve morphée et me blottis dans ses bras protecteurs.
Autre réveil en sursaut. Cette fois il est cinq heures. Un des voisins a sorti sa souffleuse. Et puis il est six heures, c’est au tour de l’autre voisin. Et puis il est sept heures, un troisième voisin s’y met. Ils se sont tous donnés le mot pour sortir leur souffleuse à la chaîne, pour bousiller mon sommeil. C’est un complot hivernal. Et puis c’est la goutte qui fait déborder le vase. A 7 h 30, un des voisins a décidé d’essayer de sauter le banc de neige sans pelleter. Sa voiture est pris au beau milieu. Le bruit des pneus qui tournent dans le vide, du moteur qui tourne aussi vite, de l’embrayage à répétition, marche avant, marche arrière, marche avant, marche arrière, vient m’achever.
Aussi bien me lever. Il est presque huit heures de toute façon. Je vais me faire un café et aller pelleter. On prendra quelques médicaments au retour pour calmer la douleur puis un sac chauffant pour détendre le tout.
Tiens, un autre voisin vient de sortir sa souffleuse. Oui, je vous le dis, après une nuit comme ça, ça sent la siesta.













