Du fond de cette insomnie, je n'ose pas trop bouger, les trois chats sont sur, entre, et à côté de mes jambes, j'ai Das Pop dans les petits écouteurs de la nuit et je pense à lui qui n'en peut plus, qui a décidé d'abandonner la garde de ses filles. Parmi tous les papas de mes patients, c'est le plus présent, le plus investi, le plus concerné. Puis il y a eu le divorce. Puis il a rencontré une femme. Puis il s'est remarié et son ex femme a vu rouge. Dès que les filles ont commencé à raloter sur leur belle-mère, leur maman a tout exagéré. Elle a retourné les filles contre leur père. Je pense aux yeux de ce papa, épuisés de tristesse, me dire qu'elles n'en n'ont que pour leur mère, qu'il voit de la haine dans leurs yeux et qu'il ne veut pas les forcer à être où elles ne veulent pas être, il ne veut pas de ce rôle, "oui je sais elle va leur dire que si je les aimais vraiment je ne les abandonnerais pas, j'ai pas de solution, so, c'est une impasse". Et moi j'ai pas de solution pour lui, je peux l'écouter, le soutenir, lui rappeler qu'il est un papa génial. Je suis juste la logopède mais je les connaissais avant, je me souviens de leur mariage, je me souviens que deux mois plus tard, elle le trompait avec un collègue. J'ai pas de solution.
J'ai Passacaglia dans les petits écouteurs maintenant. C'est la musique qui résonne régulièrement dans la maison, dès que mon grand ado se met au piano. Je me dis qu'un jour, je pleurerai en l'écoutant parce qu'il n'y aura plus de piano ni de grand ado pour le faire résonner.
3h30 du matin c'est bien pour écouter Kasabian.












