Les Guerres D'l'Amour: Disco interstellaire
par Ariane Gruet-Pelchat Publié sur le Blogue de BRBR le 15 mai 2014: http://www7.tfo.org/brbr/les-guerres-dlamour/
À la fin des années 70, Montréal avait pris la place de New York comme capitale mondiale du disco. Le club Limelight, premier bar à réserver un étage aux gais et incubateur du Bal en Blanc, recevait toutes les vedettes locales et internationales et les groupes montréalais se multipliaient: Lime, Toulouse, France Joli. Mais lorsque les néons ont commencé à s’éteindre ici aussi, le disco est à peu de choses près tombé dans l’oubli, si ce n’est de quelques artistes qui ont osé s’y abreuver dans les dernières années: Chromeo, Mistress Barbara, Le Couleur et Creature. Or, voici que Les Guerres D’l’Amour saute à pieds joints dans le bain de paillettes laissé vacant par ses prédécesseurs, le délaie avec du funk et des sonorités interstellaires et propage enfin sa bonne nouvelle: l’amour universel.
Femmes du cosmos
Dans leur communiqué, Les guerres parlent d’eux comme de «douze élus qui ont été choisis pour leur personnalité puis leur capacité à déployer de l’amour», et leur spectacle pourrait bien ressembler à un culte. Le chanteur se trémousse dans sa camisole léopard et fait claquer son coat de cuir, il s’agrippe au micro comme un animal, tous les musiciens sont costumés et deux danseuses, «les totems spirituels du band», communiquent leur énergie à la foule. Plusieurs instruments se présentent en paire: voix, batterie, clavier, saxophones: «C’est une loi naturelle, comme les deux froot loops dans un bol de céréales qui veulent se coller», énonce Maxime Bouchard, le leader de la troupe. «On n’est pas venu sur la terre pour être tout seul», clame-t-il.
Bien que leur folie des grandeurs – les costumes, les brillants, les chorégraphies – soit à prendre avec un grain de sel, il serait mal venu de croire que Les Guerres se moquent de leur sujet principal. «Il n’y a pas de sujet plus important que l’amour», affirme Bouchard, qui illustre leurs spectacles comme une «grosse thérapie de groupe». Ésotérique? «On se sent choyé quand on sort d’un show. Il y a une sorte de spiritualité, d’énergie, d’échange, et ça personne ne peut le nier. Oui, dans le fond, on fait du disco ésotérique», répond Bouchard avec un sourire en coin.
Sur la pochette de leur tout récent premier disque, leur nom calligraphié à la Star Wars flotte dans le cosmos au-dessus de deux têtes dorées et d’une immense paire de lèvres. Unisexe, c’est le titre de ce premier disque, un titre qui évoque le croisement des genres et l’ouverture à tous. «Pour que l’amour ne soit plus seulement qu’animal, centré sur les forces d’attraction entre les gars et les filles, mais qu’il unisse les sexes et rééquilibre les énergies», précise le costaud chanteur, les muscles saillants sous son manteau de cuir. «J’ai un casting d’homme, mais à l’intérieur de moi je suis une vraie femme», déclare-t-il. «La société dans laquelle on vit en ce moment est très centrée sur le yang, et on essaye d’apporter un peu de yin. Les Guerres, c’est un band qui est vraiment en puissance, mais qui a une énergie assez féminine, une sensibilité.»
Hommes des cavernes
En fait, on pourrait supposer qu’une partie du groupe aurait déployé le plus gros de son énergie masculine dans le précédent projet de Bouchard, Max Bananaz, qui de l’aveu du chanteur était plus primal. Et si Les Guerres sont 12, Max Bananaz étaient 16, costumés à la manière des premiers hommes ou des Romains, à expérimenter avec toutes les musiques dansantes. «J’adore danser et j’allais souvent voir Papagroove et le Maï Taï Orchestra. Leur énergie m’a influencé. J’avais envie de quelque chose de moins compliqué et de plus accessible», dit-il pour expliquer la transformation de Max Bananaz en Guerres D’l’Amour.
Bébé de l’an 80, Maxime Bouchard a grandi entouré de disco. «Quand j’ai entendu «Love is the Drug» de Roxy Music, j’ai flippé un câble. Il y a des tounes comme ça qui sont arrivées à moi et qui m’ont parlé, et je me suis dit que ça parlerait à d’autres monde si on le faisait bien et à notre façon, en joual, en québécois.» Il faut dire que dans la vie comme au micro, Bouchard a une façon de parler colorée et pas toujours kascher.
Leurs rythmes disco sont aussi brassés avec toute sorte d’influences. Les musiciens des Guerres D’l’Amour viennent de la musique du monde, de la chanson, du jazz et du rock. Leur chanson «Palace pardu» commence sur une rythmique baile funk avant d’atterrir sur un solo de clavier fusion, «Les crocs dins veines» est carrément funk et les chansons plus lentes nous envoient dans l’espace avec leurs sonorités cosmiques quasi psychédéliques. S’ils ont simplifié leur offre et encadré leurs chansons à l’intérieur de structures plus classiques, les musiciens continuent de s’amuser avec les rythmiques, conférant à la chanson «Sabine» une signature particulière. «S’il y a une chose que j’ai apprise», confie Bouchard, « c’est que plus tu laisses les gens libres, plus ils vont jouer ce qui leur vient du coeur, et mieux ça va sonner. C’est quelque chose que tu ne veux surtout pas contrôler.»
C’est aussi dans le choix du mix que le son des Guerres D’l’Amour apparaît clairement développé à une autre période que «Pied de Poule» et «Ce soir on danse à Naziland». Pour Unisexe, le groupe a fait deux sessions d’enregistrement au studio Mixart, puis Bouchard l’intuitif est reparti avec les pistes et a tourné les boutons à l’oreille, jusqu’à donner ce son un peu diffus qui les caractérise. Dans l’offre musicale québécoise des années 2010, ce premier disque des Guerres D’l’Amour est un ovni qu’on peut aimer ou détester, mais qui est incontestablement énergisant.
Les Guerres D’l'Amour en spectacle:
31 Mai au Festival Hops & Rocks ( Dunham) 19 Juin au Festival Artefact (Valleyfield) 25-26 Juillet au Festival de la chanson (Tadoussac)







