Les insoumis de l’art moderne - Paris, les années 50
Musée Mendjisky - École de Paris - 15°arr.
12 oct. - 31 déc. 2016
Au moment ou l’on célèbre dans le geste tellement audacieux d’une grande rétrospective (que je n’ai pas vue), la peinture de Bernard Buffet, se tient à Paris une exposition bien plus modeste - un brin confidentielle même, si l’on en juge par la fréquentation des lieux - consacrée à quelques figures oubliées de la seconde école de Paris. Bernard Buffet n’est pas absent de cette exposition, mais c’est à mes yeux un des artistes les moins intéressants de cette période, pour des raisons que je ne développerai pas ici. Je préfère parler de ceux qui, regroupés ici sous le label tout de même un peu exagéré d’ « Insoumis de la modernité », ont continué après la seconde guerre mondiale et durant les années 50, à cultiver une peinture figurative attentive aussi bien au sujet qu’à la forme classique du « tableau » dans des dimensions qui, même pour les plus grands, restent assez modestes au regard des formats monumentaux de la peinture américaine d’après guerre qui ne tardera pas à les balayer de la scène artistique internationale (dès lors que New-York aura, comme le formulait Serge Guilbault en son temps, « volé l’idée d’art moderne »).
Certes tous ces artistes ne sont pas tombés dans un oubli définitif. Restent dans nos pages d’histoire de l’art quelques noms : Rebeyrolle, Lorjou, Buffet bien sûr ; mais c’est à peu près tout. Qui se souvient de Guerrier, Cara-Costea ou Françoise Adnet, pour n’en citer que trois autres ? Comme j’appartiens à cette génération sommée en son temps d’admirer sans réserve l’Expressionnisme abstrait, le Pop Art et le Minimalisme américain (que je ne renie d’ailleurs toujours pas), je n’ai jamais vu dans les productions de cette seconde École de Paris qu’une peinture étriquée incapable justement de s’emparer aussi bien des conquêtes de la peinture américaine que des avancées artistiques européennes de la première moitié du XXe siècle. Peinture anachronique au geste ligoté par respect pour une tradition moribonde. Une vision pour partie confirmée par l’introduction de l’exposition qui nous rappelle que ces artistes s’enracinent dans un passé lointain faisant de Courbet « le dernier grand peintre humaniste ». Mais que mettre sous ce terme d’ »humanisme » ? Et peut-on faire de l’opposition au formalisme des années 50/60 une indifférence à la forme et aux enjeux de la modernité en peinture ? Les œuvre exposées ici montrent en effet (avec le recul peut-être) une forme d’inquiétude au regard du tableau comme forme, espace et surface. Des toiles souvent frontales, aux espaces redressés ou bouchés ; une peinture volontiers épaisse emboitant des formes cernées aux couleurs rompus, comme si la couleur pure devaient sembler suspecte. Je généralise un peu abusivement, certes. Surtout si l’on considère la peinture de Lorjou ou de Rebeyrolle. Mais on ne peut se défaire dans cette exposition de l’impression d’une impasse face à des artistes qui, pour rejeter par exemple la violence de l’expressionnisme, semblent parfois lorgner du côté de Schiele (Michel de Gallard) et de Kokoschka (Gaëtan de Rosnay) ou garder la mémoire lointaine des Fauves (Lorjou).
Fallait-il que trente années s’écoulent pour constater néanmoins que certaines des œuvres exposées ici ne seraient pas déplacées sur les cimaises de certaines galeries contemporaines, à notre époque marquée, parallèlement à la domination des nouvelles formes classiques (installations, vidéo, performances, etc.), par un retour à une peinture figurative débarrassée (pas toujours pour le meilleur j’en conviens) des inhibitions, scrupules et complexes que lui avaient infligé les anathèmes des avant-gardes modernes et postmodernes ? Tous ces artistes ne sont pas également convaincants et, comme je le disais, Bernard Buffet inventant le système par lequel il finira par s’imiter lui-même me laisse assez froid. Mais ne serait-ce qu’à titre d’éclairage et de point de départ d’une nouvelle réflexion sur les enjeux contemporains de la peinture, cette exposition mérite que l’on s’y arrête.
Je finirai en insistant d’une part sur l’intérêt de l’architecture du musée, atelier-résidence construit en 1932 pour Louis Barillet par Mallet-Stevens, et d’autre part sur un aspect beaucoup plus décevant de l’exposition : accrochage, éclairage et muséographie ont vraiment quelque chose de bricolé, avec des cartouches vaguement accrochés au murs ou à d’antiques rideaux rose, quand ils ne sont pas carrément glissés entre le cadre et la toile ! Tour cela donne une impression d’improvisation et ne sert pas particulièrement la volonté d’actualisation et de revalorisation contemporaine de cette génération …. Dommage
Le musée : http://www.fmep.fr/index.php
Dossier de presse de l’exposition : http://www.fmep.fr/download/presse/LesInsoumis/DossierPresseLesInsoumisBD.pdf
www.stephanepeltier.com













