Le Désespoir
Le désespoir c’est un verre vide. Une fleur fanée. Une vie morte. Une mort assurée, pas remboursée.
Le désespoir c’est un gros nuage noir. Un ciel bas. Des éclairs. C’est la pluie, l’orage, le torrent, le vent qui déchaîne, le froid qui glace.
Le désespoir c’est une chaise cassée. On ne peut pas s’asseoir. On reste debout. Pieds nus. Le sol est jonché de bouts de verre tranchants. Ça saigne et on peut toujours pas s’asseoir. Alors on reste debout et l’on se regarde saigner.
Le désespoir c’est un chant silencieux. Un piano sans touches. Une mélodie sans notes. Une guitare sans cordes. Tout est muet. Tout est sourd.
Le désespoir c’est une ville sans nom. Un nom sans syllabes ni consommes. Un chiffre sans numéro.
Le désespoir c’est un rendez-vous sans adresse et sans horaire, donné à quelqu’un, qui serait n’importe qui, qui n’est personne.
Le désespoir c’est un dîner aux chandelles, sans dîner, sans chandelles, sans personne à aimer, sans personne avec qui partager, même le vide, même le rien.
Le désespoir c’est un verre vide, qui se remplit lentement de ciguë. C’est Socrate qui murmure à notre oreille « Boit. Boit et tout ira mieux ».
Le désespoir c’est du noir sur du noir, du blanc sur du blanc, du gris sur du gris. Pas de contraste. Pas de nuance. Du monochrome. Qui nous dégrade de ne jamais se dégrader.
Le désespoir c’est le clocher du village de son enfance qui dégringole.
C’est un grade sans gloire, une médaille en carton qui se détache constamment d’un costume trop grand.
Demain devient l’ennemi qu’il faut combattre. Mais on n’a plus d’armes. On ne se défend pas avec des larmes.
Et on a faim et on a soif.
Ça fait longtemps qu’il n’y a plus d’eau.
Le désespoir c’est un verre vide.
// Dédé ANYOH //












