Antoine Machut:
"Les marchés financiers se sont développés dans les années 1980 dans un contexte de la financiarisation de la société.
Ça a eu pour effet d'inciter les médias à réintégrer dans leurs colonnes des rubriques financières et boursières.
Pourquoi? Parce qu'il y avait une activité à couvrir, certes, mais surtout parce que ça attirait les annonceurs et de la publicité financière.
C'est lié à ce que Julien Duval a appelé "la dynamique des cadres," à partir de l'émergence de la catégorie sociale des cadres dans les années 1970, qui est une catégorie très prisée par les annonceurs.
Donc la presse a tout intérêt à attirer ce lectorat-là.
C'est ce qui explique aussi que ce qui domine dans le traitement de l'information c'est la logique gestionnaire de l'entreprise."
Michaël Lainé:
"Dès lors que les médias interprètent le fonctionnement des marchés financiers ou les questions de dette publique, il y a une forme de naturalisation du système économique.
On fait comme si le système économique résultait de la force des choses et non pas d'un choix de politique économique.
Donc typiquement on interprète l'économie en très grande majorité dans les médias selon une logique gestionnaire.
Ce qui en soi ne pose pas de problème, sauf que rabattre la logique gestionnaire sur la logique macroéconomique c'est ce qu'on appelle "le sophisme de composition".
On ne peut pas raisonner au niveau macroéconomique comme on raisonne au niveau microéconomique d'une entité.
Il est nécessaire d'avoir une logique gestionnaire pour gérer une entreprise, mais on ne peut pas transposer cette logique-là à l'analyse de l'économie.
Tout simplement parce que tout phénomène économique a toujours deux faces.
Si je me rends chez un commerçant et dépense quelque chose, c'est pour moi un coût, et pour le commerçant c'est un revenu.
La logique gestionnaire n'amène à voir qu'une seule des deux dimensions, alors que c'est les deux en même temps.
Source: Entendez-vous l'éco ?: La fabrique du discours économique — Épisode 3/3 : Quand les médias parlent d’éco









