Si je suis de bonne foi quand je me dis qu'en dehors de la joie indéniable qu'il me procure momentanément et du plaisir ou de l'intérêt que quelques-uns peuvent prendre à lire certains de mes écrits ce travail auquel je m'adonne avec tant d'obstination n'a qu'une importance presque nulle — ni moi ni d'autres et moins encore les choses ne s'en trouvant changées — pourquoi persister à vouloir faire entendre ma voix — ma juste voix, non seulement sincère lorsque je parle de moi mais toujours bien distincte de celle de l'acteur qui, selon l'expression consacrée, dit faux — et pourquoi, surtout, avoir mauvaise conscience (sentiment d'une incurie ou d'une paresse) quand, inerte, je me borne à rêver d'un chant qui pourrait monter du fond de mon puits de vérité.
(Michel Leiris, À cor et à cri)















