Migratoire cramoisi
Le corps est nu, le regard panoptique l’observe depuis en haut. Tout faux, la vraie vision vient d’en bas. La sensation d’être comme déplacée de l’intérieur, redimensionnée en expansion. Les courbes s’incarnent vraiment, comme un ballon baudruche gonflé pour autrui qui nous ressemble, avec joie simple et paix intérieure qui nous grandit. La place est occupée, enfin, mieux, plus. Le corps absous l’esprit dérangé, petit et vindicatif. Le corps soigne, dans la douleur, les fameux maux de l’âme. L’eau se fait de plus en plus calme : glace tiède qui ouvre les horizons et invite à l’exploration. Miracle, le fluide se fige presque, nos souffles alanguis s’apaisent, le soleil assène une caresse qui assomme. Miniature de terre et mer qui répare. Mystère de la cloche qui, ce matin-là seulement, retentit pour moi. Neuf coups télégraphiques en syncope. C’est le son d’une nouvelle entrée au monde, les pieds sur la roche, les cuisses fortes, le dos aligné, les yeux dans le ciel, lequel, le soir-même, à quelques encablures de là, accueille l’apparition-spirale du début de cette vie. Ma puissance est solitude accompagnée. Je suis la mer qui migre.






