Shots de tequila et frivolité de l’écharpe égale gorge rappeuse et CB leste
Reprise de contact.
Voilà. Me voilà coincée sous mon plaid, le nez coulant et la gorge concourant pour l’award du gloitre 2011. C’est fou comme la maladie vous fait revenir à des instincts primaires, jusqu’à l’envie de mordre sa joue, une joue, une oreille, jusqu’au sang. Au lieu de ça on subit le tressautement de la toux dans son oreiller, et c’est bien tout ce dont on est capable. Minable.
A cet instant précis, l’inertie me gagne : je me croirais emprisonnée à perpétuité, et pour une faute que je n’ai pas commise. Okay, je plaide coupable. Le non-port d’écharpe. Mais c’est elle qui a commencé. A moins que ce soit le shot de tequila numéro six cents soixante-six.
Je vous explique.
Encore une de ces nombreuses soirées de beuverie. Cette fois je dévore des yeux le type, qui, de toute évidence, a décidé que, oui, j’étais drôle à mourir, mais non, je ne sortirai pas de la friend zone. Verdict de mon meilleur pote : « Nan mais tu fais peur aux hommes. Tu es belle, intelligente, t’as de la répartie, les mecs préfèrent les salopes qui ricanent et ondulent sur le dernier M83. » Ouais, logique.
Petit coup d’oeil de côté, et j’observe effectivement une jolie fille qui fait de l’oeil à Connard, qui a décidément décidé (ouais.) de m’emmerder ce soir. Il répond d’une oeillade en me filant un coup d’épaule « Hey, t’as vu ? ». Ouais j’ai vu gros minable, tu permets que je te vomisse au coin du col ?
Le Pop In est bondé et l’agoraphobie me guette tandis que je tente de lutter contre mes relans d’amertume. Approche de Marion qui me demande si ça va bichette. Bichette va bien, elle voudrait juste fumer un clope. Vite, histoire que l’alcool monte et qu’elle oublie qu’elle a mis une jupe bien trop courte sur des collants bien trop légers.
Eh ouais, vous sentez venir le truc ?
Ouais, bah moi pas encore à ce moment-là. Permettez ? Merci.
Une fois le bout de nicotine allumé et l’accostage au bar, au milieu de vingt hipsters déchaînés (par déchaînés, j’entends tapant du pied en guise d’hilarité totale), un type nous aborde en hurlant fixement à Marion : « Salut la plus belle ». Putain c’est pas ma nuit. Elle roule des yeux et fait instantanément une croix mentale sur le type du coin de l’oeil, qui ne se décourage pas. Il marmonne des choses de buveur invétéré, jusqu’à l’arrivée de Meilleur Pote et Gros Connard. Hilarité de Meilleur Pote, que je tente gentiment de réfreiner à coup de coudes dans les côtes. Le type ne s’arrête pas. Une fois qu’il a marrade en tête, impossible de l’en extirper. Je crois que c’est sa qualité numéro une.
L’homme saoûl aperçoit Gros Connard, et lui entonne, fixement aussi (le type est très fixe au final) qu’il ressemble à Gainsbourg. Re-hilarité de Meilleur Pote, soulagement de Marion, roulage d’yeux pour moi et de mécaniques pour GC. S’ensuit un festival d’absurdités et de phrases gainsbardes les plus clichés possibles entre les deux nouveaux amis. J’écrase mon clope contre le trottoir, fait un signe de tête à Marion et Meilleur Ami. Nous pénétrons intra bar, et je brandis ma carte bleue.Neuf shots s’il-vous-plait. Vous me conseillez quoi ? Tequila shots ? Oeillade à cantonnade.
Ouais, parfait. Il faut que je tue cette morosité.
Reprise de contact.
La moiteur du Corcoran’s est parvenue à réveiller mon inertie. Nous avons perdu Marion, quitté définitivement le Pop’In pour échouer dans les tréfonds de la vie parisienne, là où même la banlieusarde de base (lire : édentée) a ses chances. D’ailleurs, une variante masculine m’accoste et tente de m’aspirer un semblant de désir dans le cou. Je pense à un uppercut, j’opte pour une claque tellement molle que je ricane.
La minute d’après, j’empoigne Gros Connard, le plante devant moi et ondule. Quand je dis onduler, c’est dans la tentative, je ne suis pas vraiment sûre du rendu, surtout face au regard ébété du dit-gars. Oh tiens, je tombe. Il me rattrappe.
Ah non, en fait c’est Banlieusard qui a décidé que ce serait SA nuit. Je le regarde comme le Messie prêt à séparer la mer en deux vagues de quarante mètres et tout le baratin, quand GC se réveille et sort le triceps. Il me met la main dans le dos avant de regarder méchamment Francis. Francis lève les deux mains et je lis sur ses lèvres « Please don’t stop the music. » Ah, non, ça c’est la terrible playlist du Corcoran’s.
Danse lascive avec GC qui finit par me coller sa bouche dans le cou, avant de décamper à la recherche de Meilleur Pote. Meilleur Pote somnole contre un poteau et lance un doigt d’honneur de bienvenue à mon arrivée. Je me cramponne à son cou, lui dit que je l’aime, que c’est un mec trop cool et que je vais lui offrir des macarons. Je toussotte. Je retoussote. Je toussoie.
Bien, ç’en est trop pour Meilleur Pote qui me prend la main, lâche GC et me traîne dehors. « Qu’est-ce que tu as ? » m’entonne-t-il. En réalité ça tient plus du hurlement, et on a droit à des « WooooOOOOooh» provenant de la farandole de mecs saouls sur le trottoir du couloir de la mort. Je pleurniche.
Meilleur pote est d’une patience folle. Je l’entends murmurer mmokay avant d’entendre une porte se refermer. « Je vous emmène où ? ». J’articule mhmmuhoumou une bonne cinquantaine de fois avant que le chauffeur s’énerve. Je finis par lui donner mon adresse, en écarquillant les yeux pour balayer l’ivresse et raviver ma mémoire. Je m’écroule, face amoureusement écrasée contre le cuir de la BM.
Reprise de contact.
Au compteur, 73 euros et des gainsbourettes. Je tape mon code de carte bleue (qui survivrait à une lobotomie), m’extirpe du taxi. Sors.
La larme à l’oeil, je fixe ma porte d’entrée. Haut-le-coeur.
Et je tousse.

















