En Egypte, des classes en quête de révolution - Manière de voir (Monde diplo)
En Egypte, comme ailleurs, l’accès à l’éducation est indispensable. L'enquête sur le système éducatif égyptien, réalisée lors de mon dernier séjour au Caire (du 31 mars au 1er juin 2013), m’a menée dans une école où les enfants sont issus de familles riches, possèdent tous les biens imaginables mais souffrent pour certains de manque affectif. Des élèves d’écoles où les frais de scolarité s’élèvent à 4 000 euros par an, et dont l’un des professeurs – un Français – dit qu’il y voit autant de détresse que dans les écoles de ZEP françaises où il a enseigné durant des années. Autre décor, autre misère, les écoles publiques. Un lycée à la porte défoncée de Shubra, dans la banlieue du Caire. Imaginez ce que serait une école désaffectée et abandonnée depuis des années, vous aurez une idée de ce à quoi ressemble ce lycée technique. Lycée dans lequel un professeur reprochera à sa collègue d’avoir emmené une Française – moi – il ne veut pas que l’on sache l’état de délabrement des écoles égyptiennes. « Tu n’as rien vu », m’a-t-on dit lorsque j’ai décrit cette école.
Les cours particuliers au tarif exorbitant deviennent indispensables pour réussir ses études. Tous reprochent aux président successifs de ne pas avoir permis l’accès au savoir « parce que c’est plus simple ainsi de manipuler les foules ». Mohammed Morsi, au pouvoir lors de mon enquête, est montré du doigt encore plus que les autres. La plupart des professeurs interviewés le haïssent tellement qu’ils en arrivent à mentir. Ce n'est pas simple de travailler au Caire, d'obtenir les bonnes infos et c'est encore plus compliqué quand des interviewés essaient de manipuler ceux qui les interrogent. « Il n’a ni projet pour l’éducation, ni programme. » me dit-on. Sauf que je vérifie chaque info et que c’est faux. Même Hosni Moubarak avait investi dans ce domaine, mais la démographie est trop forte. Il faudrait chaque année toujours plus d’écoles.
Citant son héros Taha Hussein, Mohammad Zahran l’affirme, si cet aveugle a réussi à avoir un tel parcours, les Egyptiens relèveront eux aussi la tête et l’éducation pour tou-te-s sera bientôt une réalité. Issu d'une famille très pauvre, Zahran est aujourd'hui professeur d'université et président d'un syndicat indépendant alors l'égalité pour tou-te-s est son credo.
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