Nous nous hâtons, pour survivre, de confondre l’Univers avec le tissu d’amitiés dont nous sommes entourés, tant il est vrai que le plus difficile dans l’existence c’est de ne pas se laisser décourager par la solitude. Mais comment faire pour ne pas perdre espoir quand, une fois en chemin, on se retrouve seul, abandonné par tous les autres qui continuent à marcher et bavardent entre eux ? Car cette solitude, à quoi tient-elle ? Quel est donc ce mot magique que l’on n’a pas su prononcer et qui aurait ouvert pour nous toutes les portes ? La solitude est parfois pesante… Chacun porte en soi un monde secret qui le sépare des autres, et ce monde secret où l’on s’enferme, on est tenté en de rares moments de le considérer comme une chance, presque comme un bonheur qu’il faut jalousement préserver. Mais celui qui écrit redouble en quelque sorte cet isolement puisqu’il se donne lui-même en pâture, puisqu’il s’expose de son plein gré et quelquefois même de façon provocante au rejet, à l’indifférence, à l’oubli. Et plus encore que la méconnaissance, c’est la fausse reconnaissance qui est la plus difficile à porter.
Vladimir Jankélévitch, Quelque part dans l’inachevé, Gallimard, 1978













