Morgane Fauvel, chaussures a aimer
Son atelier a des allures de laboratoire où l’agitation est remplacée par le calme des ébullitions intérieures. Celles de Morgane Fauvel qui a fondé il y a un an Fauvel, une marque de chaussures entièrement fabriquées ici par ses mains soigneuses après un parcours à l’Atelier Chardon Savart et un stage dans l’usine de Robert Clergerie à Romans-sur-Ysère. Au centre de l’atelier, une grande table rectangulaire où des tiges (parties supérieures des chaussures) s’impatientent, frôlant quelques modèles finis, notamment les derbys en cuir végétal dont les motifs à impression laser ont été crées avec l’illustratrice Noémi Schipfer. « J’ai toujours aimé les chaussures même si j’ai commencé par étudier la mode. J’aime le fait que ce sont des objets qui existent sans l’accompagnement du corps. »
« Tout fabriquer ici m’assure la possibilité de mener des recherches sur la forme, et une totale liberté de fabrication »
Fabrication : de cuir et de détails
Derbys ou sandales pour l’été, Morgane part souvent d’une forme de chaussure simple, presque classique, qu’elle épure– elle travaille sur des bottines en ce moment-, et y adjoints des détails de pliage ou la recherche d’impressions pour assurer à ses souliers une présence résolument contemporaine. « J’ai dernièrement travaillé sur des chaussures d’un seul tenant, des derbys, qui se fabriquent grâce à une seule pièce de cuir.»
Morgane a choisi comme matériau unique de ses chaussures le cuir de veau résistant et sobre – y compris pour les doublures - afin que les pliages qui en dévoilent l’envers soient parfaits. Les éléments de la semelle (talon et semelle intérieure et extérieure), eux, sont en cuir de vachette pour assurer un maximum de résistance. Seulement trois machines à taille humaine assistent Morgane dans quelques étapes de la fabrication : une pareuse pour plier le cuir et le désépaissir (opération dite de refente), une machine à coudre le cuir, et une pour le polir.
Pour se fournir en matières premières comme le cuir, elle a choisi des établissements pour l’essentiel situés en France, notament la tannerie Degerman en Alsace, Masure en Belgique ou Dupuis pour le cuir orange à Romans sur Ysère. Pour assurer plus de souplesse et de facilité dans la mise en forme manuelle, elle choisit des cuirs végétaux (traités sans chrome), plus souples, ou les moins traités possible.
Et la feuille de cuir forme chaussure
Lieu de fabrication, c'est à l'atelier que Morgane fait naître chaque modèle (en tout plus d’une vingtaine) en le travaillant d’abord à plat avant de le monter en volume. « L’étape de patronage et de recherche est celle que je préfère. Je travaille d’abord avec des patrons en papier, puis je réalise un premier prototype en croûte de cuir sans semelle que j’essaie avant de faire quelques ajustements. Je ne passe ni par le dessin, ni par des fiches techniques, car je suis seule à dessiner et à fabriquer mes chaussures ».
Dans une boîte en carton perchée dans les hauteurs de l’atelier, Morgane entasse quelques modèles de recherche qui n’ont pas encore vu le jour, notamment des bottines qu’elle doit bientôt reprendre, même si elle souhaite de plus en plus s’orienter vers des modèles de chaussures unisexes.
Le montage à la main: quelques étapes de fabrication
La feuille de cuir, qui constituera la tige de la chaussure (c’est-à-dire toute la partie extérieure, celle qui recouvre le pied) va être pliée, refendue pour que l’assemblage des cuirs soit parfait, et parcourue de coutures machine. Morgane ajoute ensuite trois points de couture manuels pour renforcer la résistance du soulier grâce à un fil de lin frotté contre un cube de cire.
Ensuite ont lieu les étapes de mise en forme du cuir, où le cuir est imprégné d’eau chaude et clouté le long de la forme, de séchage (d’une nuit minimum), et de ponçage. Puis, vient l’étape de couture de la semelle avec la tige – le montage blake- que Morgane Fauvel réalise dans un autre atelier parisien possesseur de la machine. Enfin, reste à coller la semelle, et à poser la “première de propreté”, la fine semelle en contact direct avec le pied.
Pour le confort
Chaque couture est tapotée par Morgane au marteau arrondi pour éviter un frottement désagréable et améliorer le confort de la chaussure. « Le confort d’une chaussure se joue à plusieurs étapes: la souplesse du cuir choisi, l’endroit où placer les coutures, et le respect de quelques règles dans le patronage. »
Morgane Fauvel
http://atelierfauvel.com
Photos : Morgane Fauvel
Texte : Tiphaine Illouz
http://www.salonmadeinfrance.com/mode/fauvel-chaussures-a-aimer/














