Une drôle de journée de printemps
Bon, la journée commençait mal, une cliente avait des réclamations à faire.
Mon collègue coordinateur se charge de prendre la première salve de critiques, et me demande de le rejoindre sur place avec l’équipe, au cas où il faudrait apporter des retouches pour contenter Mme F.
Nous arrivons donc devant la maison de celle-ci, quand je vois mon collègue Yvon me faire signe de ne pas me montrer ! Facile à dire avec un camion et six personnes ! Je fonce alors dans le bout de l’impasse, fais demi-tour... et j’attends là.
Nous ne savons pas trop quoi faire, dans cette drôle de situation. En attendant que les négociations aboutissent... Nous voilà en planque ! Ça ce n’était pas dans la fiche de poste ! Et ce n’est pas une longue allée discrète... elle fait à peine 400m, donne sur un parc, et les voisins commencent à nous observer curieusement... Il ne manque plus que les beignets et les lunettes de soleil !
Après un bon quart d’heure, Yvon me fait signe de venir. Mme F. reste à l’intérieur pendant qu’il me répète ses critiques et me donne les instructions sur les choses à refaire et les menus travaux “de compensation”. Je contiens à peine ma frustration de voir notre travail mal reconnu d’une part, et surtout la manipulation dont certains clients font preuve pour grappiller des services en plus de ceux qu’ils ont payés, d’autre part.
Heureusement, cela ne nous prendra pas plus d’une heure, et nous voilà partis vers un sentier de randonnée en pleine campagne. Je m’engage dans un chemin de tracteur, nous ne sommes pas venus depuis l’année dernière et les branches crissent sur les cotés du camion... Nous grimaçons un peu, mais ça passe. Je dépose l’équipe à l’entrée du sentier, donne mes instructions pour la taille et le débroussaillage et je m’apprête à repartir pour les rejoindre à l’autre bout du tronçon. Je décide de faire demi-tour dans un champ, craignant qu’un deuxième passage, en marche arrière qui plus est, n’abîme vraiment les flans du pauvre camion. Je connais ce champ, nous le fauchons chaque année en fin d’été pour le Conseil Départemental. Il est un peu en pente vers la rivière mais il n’est pas trop humide, je m’y engage confiante... Et j’ai tord ! Je n’ai pas la place de manœuvrer à cause des jeunes arbres... et la pente est bien trop raide pour le master ! L’herbe haute se couche et glisse... J’essaie de prendre de l’élan, mais peine perdue ! Je vais chercher les salariés les plus proches, leur demande de pousser le camion, tandis que je ré-essaie avec des planches sous les roues... Je fais attention à ne pas coincer les gars avec les arbres, nous nous coordonnons... Mais rien à faire, et les planches commencent à fumer !
Je décide d’aller chercher de l’aide dans les fermes environnantes, laissant l’équipe avec le camion, leur confiant le matériel. Je marche vite et je réalise en approchant d’un village que je connais une femme qui habite là. Elle est toujours joviale et prête à rendre service “Tiens ! Tu viens prendre un café ?!” alors je n’hésite pas, même si je la dérange sûrement avec ses filles. Elle appelle son voisin agriculteur... pas de réponse, il est dans les champs, forcément, c’est la pleine saison. Alors elle m’emmène en voiture, ça va plus vite qu’en courant ! Même s’il faut préparer et emmener ses petiotes... (”Pourquoi tu as deux téléphoooones ?”)
Après deux ou trois tours sans voir personne dans les fermes, nous tentons la maison, il est bientôt midi... Coup de chance, un télescopique arrive alors que nous repartons ! L’agriculteur Patrice accepte tout de suite de m’aider, il s’inquiète juste de ne pas avoir de siège pour m’emmener sur place... Tant pis, je m’accroche à la cabine, perchée sur le marche-pied ! Je trouverais ça très marrant, si je n’étais pas si penaude de ma connerie...
Nous arrivons et l’équipe est soulagée. Les manœuvres ne sont pas faciles, le virage est étroit et la pente très raide... Heureusement la sangle résiste et après plusieurs étapes, nous voilà revenus d’aplomb ! Je remercie Patrice, lui donne ma carte, et nous rentrons à l’atelier... avec à peine 5 min de retard pour manger !
Je repasserais chez Patrice avec une bouteille pour le remercier, et je dois maintenant une mousse à ma copine, à la foire annuelle.
Que d’émotions en une demie-journée ! Nous espérons tous que l’après-midi sera plus calme... Elle le sera, malgré quelques petites surprises encore : un champ de moutons noirs, avec de tout jeunes agneaux que nous devons traverser pour aller au compost. Ils accourent à chaque fois vers nous en bêlant plein d’espoir... avant de courir apeurés dans tous les sens.
Nous avons des pas japonais à rénover, ils sont mangés par l’herbe et certains ont presque disparu. Je veux éviter le rotofil, à cause des belles baies vitrées à coté... Alors nous utilisons des couteaux de cuisine pour découper le gazon qui a feutré tout autour des palis. Quelle drôle de pratique encore !
Décidément, on ne s’ennuie pas ici.















