Lorsque vous entrez dans le "Megatron", le surnom donné au bâtiment d'exploitation de Pink House, une odeur merveilleuse, presque suffocante, mêlant arômes de plantes sativa et indica vous remplit les narines. Les couloirs sont remplis de boutures grandissant sous des rangées de néons et des milliers de plants emplissent 4 salles du bâtiment. Chaque jour, l'exploitation suite le même planning répétitif : faire transiter des centaines de plants des salles végétatives aux salles de floraison, arroser et engraisser les plants, tailler et vérifier l'état des plants en floraison, récolter quand les plants sont arrivés à maturité et envoyer le tout aux "trimmers" (les personnes qui manucurent les plants de cannabis récoltés). Cette dernière étape demande tellement de main d'oeuvre, que 14 personnes sont employées à plein temps pour faire ce travail. Ils viennent chaque matin, changent de vêtements (la manucure est une activité qui rend odorant), et prennent un sac de de longues branches feuillues de cannabis pour commencer à les manucurer. Un employé manucure en moyenne 84 plants par jour. Ils arrêtent parfois cette activité pour aider à la récolte des plants ou à remplacer des équipements, mais ils passent l'essentiel de leurs 40 heures de travail hebdomadaire à retirer les feuilles non désirables des fleurs des plants de cannabis récoltés. Si vous n'avez jamais manucuré de cannabis de votre vie, vous ne devez pas vous rendre compte à quel point ce travail est monotone et fastidieux. C'est une étape du processus complet de production de cannabis que les cultivateurs regardent habituellement avec dédain ceci en raison du fait qu'il faille regarder pendant des heures des petits morceaux verts en y prêtant une attention de tout instant. Néanmoins, pour cette équipe comme pour d'autres dans l'état du Colorado, c'est un travail comme les autres. Lorsqu'on leur demande s'ils aiment leur travail, la majorité répondent quelque chose du type "nous sommes fous" avec un large sourire en coin, tout en gardant l'autre oeil sur sur la tâche qu'ils exécutent. "De pouvoir travailler avec cette plante et de pouvoir en vivre, c'est tout simplement incroyable," précise Shawna Weyman, "Trim Leader" de Pink House. "Être passionné par la plante est un bon atout pour réaliser correctement ce travail." Cet emploi, comme quasiment tous ceux qui gravitent autour de l'industrie du cannabis thérapeutique, sont illégaux au regard des lois fédérales américaines. Ces emplois sont néanmoins légaux au regard des lois de l'état du Colorado et font l'objet de réglementations. Chaque employé doit posséder son badge délivré par les autorités de l'état pour travailler dans l'entrepôt. Aussi contraignantes ces réglementations doivent elles être, celles qui doivent être respectées par les employés qui réalisent la manucure sont encore plus exigeantes. L'employé doit en effet retirer toutes les feuilles indésirables des fleurs et ensuite manucurer minutieusement les "sugar leaves" (petites feuilles suintantes de résine) pour les retirer également des fleurs et laisser place au final à une fleur d'un bon aspect visuel et qui est agréable à fumer. "Ce n'est pas uniquement une question d'esthétique, c'est aussi pour s'adapter aux caractéristiques des fleurs des différentes espèces," précise Shawna Weyman. "Une OG [variété de cannabis] ne se manucure pas de la même manière qu'une Golden Coat." "Les fleurs de OG sont plus compactes et serrées ce qui les rend plus aisées à manucurer que des variétés de Haze qui elles ne sont pas denses et présentent de nombreuses feuilles qui doivent être retirées," ajoute Shawna Weyman. En tout, Pink House cultive près de 100 variétés que les employés de la manucure doivent connaître afin de pouvoir réaliser le meilleur travail possible. "Manucurer est une étape essentielle du processus de curing," précise t-elle encore. "Beaucoup de gens n'accordent pas beaucoup d'importance à cette étape, et pourtant cette étape revêt une importance incroyable." Tout le cannabis produit chez Pink House manucuré par des employés plutôt que d'être confié à des machines. Malgré que les machines soient moins coûteuses en ressources humaines et plus rapides, réaliser cette étape à la main permet un contrôle minutieux de l'ensemble des fleurs avant qu'elles n'arrivent dans les bocaux [pour être vendues] . En dehors du cadre juridique autorisant le cannabis thérapeutique et en marge des cultivateurs de cannabis individuels, la manucure de fleurs de cannabis est devenue un emploi saisonnier à temps partiel prisé par de nombreuses personnes qui migrent chaque année dans le nord de la Californie et sur la côté Pacifique ouest pour prendre part à la récolte d'automne. Des néo-hippies se déplacent par exemple de plantations en plantations, dormant dans des tentes ou dans leurs voitures et manucurant des fleurs de cannabis en étant payé à l'heure et généreusement fourni en cannabis. L'équipe de Pink House, et celles d'autres entreprises légales de manucure dans l'état du Colorado, bénéficient d'un espace de travail beaucoup plus optimisé et adéquat que celui auquel, ceux qui s'adonnaient auparavant à la manucure devaient faire face. Désormais, l'environnement de travail est stabilisé et ne ressemble plus aux opérations souterraines opérées sous le radar des autorités à travers les États-Unis, pendant les années qui ont précédé la mise en place des réglementations. "Cela reste un emploi, mais complètement différent de ce que l'on connaissait autrefois," précise Shawna Weyman. "Je connais des gens qui vont faire la saison en Californie et qui reviennent ici, contents de pouvoir retrouver des conditions de travail normalisées." Les employés travaillent devant des vitres et sont assis sur des sièges confortables et n'ont pas le sentiment de culpabilité et de peur (de se faire arrêter) puisqu'ils font un travail légal, réglementé. Mieux que ça, ils reçoivent pour leur travail un salaire régulier et bénéficient de l'assurance maladie. Malgré le fait que le cliché du "trimmer" de sexe masculin soit toujours d'actualité, ce n'est plus vrai pour les personnes possédant une carte autorisant au cannabis thérapeutique ou des usagers réguliers de cannabis. Certains d'entre eux ne fument pas de cannabis d'ailleurs. Pour ceux qui fument, Shawna Weyman les encourage à le faire. En effet, d'après elle, pour beaucoup d'emplois cela pourrait amoindrir la performance, mais en prenant en compte que la manucure est un travail qui demande un calme et une concentration maximale, il n'est pas impensable qu'un usage de cannabis avant le travail aide à rendre plus performant certains des employés. Parmi les 14 membres de l'équipe, la majorité ne sont là que depuis quelques mois. Une petite minorité entame sa seconde année de collaboration avec l'entreprise. Comme le taux de rétention de ce type de poste est faible, il n'y a pas de problèmes pour renouveler les effectifs. Avec la promulgation de l'Amendement 64, il est probable que ce type de postes sera de plus en plus demandé pour faire face à l'augmentation de la production globale destinée aux établissements commerciaux de distribution de cannabis. Article écrit par Wax Jones et paru le 9 juillet 2013 dans le Denver Westword














