Les bulletins scolaires vont-ils en voir de toutes les couleurs en 2015 ? Le ministère de l'Éducation nationale planche sur une énième réforme de l'évaluation scolaire depuis que Benoît Hamon, son ex-ministre de tutelle a lancé sa conférence nationale sur l’évaluation des élèves en juin 2014. Elle avait pour mission d'abolir les "notes sanctions" qui paralyseraient notre jeunesse en les remplaçant par une "évaluation bienveillante", censée la stimuler et lui faire mesurer ses progrès. Désigné désormais comme étant la cause principale de l'échec scolaire, le système actuel de notation ferait la part trop belle à la sélection et à l'élitisme au détriment des élèves les plus faibles. Rien de moins ! Nous nous abstiendrons de remonter à Charlemagne mais cette polémique récurrente n'est pas née d'hier. En 1969, Edgar Faure, devenu ministre de l'Éducation nationale suite aux événements de mai 1968, faisait adopter le remplacement de la notation chiffrée par une évaluation alphabétique (de A à E). Un devoir dont le niveau qualitatif était assorti de la lettre "D" paraissait alors moins humiliant qu'un 6 ou un 7/20. L'expérience a démontré que cette mesurette n'incita en rien les potaches paresseux à étudier avec plus d'assiduité. Quant aux enseignants, qui adorent généralement contourner les directives ministérielles, ils ne tardèrent pas à ajouter des plus ou des moins à ces lettres de l'alphabet pour moduler leurs appréciations, rendant le barème encore plus confus que la précédente notation chiffrée. Celle-ci fut donc réhabilitée quelques années plus tard sous le régime pompidolien mais continua d'être vouée aux gémonies par une poignée d'irréductibles "réforme-à-tort" ! Comme les réformettes de l'Éducation nationale sont aussi répétitives que peu innovantes, on ressort régulièrement des cartons les anciens projets pour les épousseter bien qu'ils n'aient jamais fait la preuve de leur pertinence. Comme toujours en pareil cas, on nomme un collège d'experts, ou prétendus tels, pour faire bouillir la marmite à neurones : Evocation de diagrammes, de pictogrammes ou de symboles qui pourraient se substituer aux notes, tout fut passé au crible. Et puis leur cerveau fécond accoucha de cette pensée lumineuse : «Eurêka ! Il faut remplacer la notation par une déclinaison de couleurs !». L'un de ces crânes fumants se souvint sans doute qu'au XIXe siècle, le jury du baccalauréat se servait de boules blanches, rouges et noires pour admettre ou recaler les candidats. Cela dit, à notre époque où la plus vénielle des décisions fait l'objet d'interprétations politiques, quelles couleurs choisir pour évaluer le travail (ou le dilettantisme) scolaire ? Pas si simple !... Evidemment, le noir sera banni d'emblée sous peine de soulever un tollé de la part des associations antiracistes. Le blanc ? Impossible, on ne distinguerait pas l'appréciation sur des copies de la même couleur (et déjà trop souvent rendues blanches !). Et puis, cela rappelle trop l'Ancien Régime. Ce serait donc antirépublicain ! Le rouge, alors ? Que nenni ! C'est justement la couleur des mauvaises appréciations actuelles qui souillent les copies, démotivent nos chérubins et chagrinent tellement les parents ! C'est pourtant bien l'incarnat qui sied à l'extrême-gauche mais cette teinte révolutionnaire a la réputation d'échauffer les esprits tout comme elle excite les bovidés. Bref, le contraire de ce qui conviendrait à des enfants déjà trop turbulents. Sans compter que le rouge rappellerait trop la couleur des bonnets de ces trublions de Bretons qui rejettent eux aussi les notes qu'on leur présente aux portiques ! Bien entendu, Cécile Duflot, Jean-Vincent Placé et leurs amis soutiennent l'adoption de la notation verte, depuis toujours couleur de l'espérance (sauf pour les comédiens qui la jugent maléfique), mais le gouvernement ne tient pas à renforcer l'influence des écologistes déjà très représentés dans le corps enseignant. Il y a bien le bleu, et surtout le rose qui serait bien en harmonie avec l'exécutif actuel. Mais utiliser ces deux couleurs pour évaluer la jeunesse renverrait au débat déjà houleux sur la théorie du genre à l'école qui vise à gommer toute différenciation sexuelle. Pour ma part, je considère que seule le grisâtre devrait être retenu. C'est la couleur qui s'harmonise parfaitement aux éminences qui ont conçu ce fabuleux projet. Mais quel que soit le système d'évaluation scolaire concocté et le nombre d'euphémismes employés pour préserver la sensibilité des élèves au détriment de l'émulation, les résultats de ces derniers demeureront ce qu'il sont réellement : Médiocres, passables, (et plus rarement) bons ou excellents. Nul fard, nulle couleur ou estimation alphanumérique ne pourront dissimuler l'état réel de leur savoir car il en est ainsi depuis toujours et plus particulièrement depuis que l'instruction est devenue obligatoire. Loin de toute cette vaine agitation, la seule réforme scolaire digne d'intérêt serait celle qui mettrait en oeuvre tous les moyens humains et pédagogiques pour que la grande majorité des élèves quittent les collèges et lycées en ayant acquis prioritairement une solide connaissance générale tout autant que la maîtrise écrite et orale de la langue française, ce qui n'est plus le cas depuis plusieurs décennies. Cette réforme fondamentale, encore dans les limbes alors que c'est la seule qui vaille, serait évidemment bien plus coûteuse à mettre en chantier mais tellement plus bénéfique que de repeindre les bulletins scolaires aux couleurs de l'arc-en-ciel. On préfère, au contraire, casser le thermomètre plutôt que de faire baisser la fièvre persistante de l'échec scolaire. On tente de sauver les apparences avec des initiatives dénuées d'ambition ou des artifices ineptes. Autant mettre en oeuvre tout de suite la distribution générale de diplômes sans aucun contrôle ni examen ! En effet, après le mariage pour tous, n'aurions-nous pas droit au bac pour tous, à la licence pour tous et bien entendu, au doctorat pour tous ? En quelque sorte, une reprise version 2015, des "Sous-doués passent le Bac" et des "Diplômés du dernier rang" ! Mais hélas, la réalité sociale s'accorde mal de ces mesures fumeuses, car dans la vraie vie, un diplôme obtenu sans effort est sans valeur et ne sera d'aucun secours à son titulaire ! Et l'illétrisme qui gagne chaque jour du terrain dans notre pays, continuera de compromettre les perspectives d'avenir des toutes prochaines générations... Que retiendra-t-on alors, dans quelques années, des gouvernants qui auront favorisé l'agonie du système éducatif français ? Qu'ils avaient hissé les bonnes couleurs ou qu'ils ne méritaient qu'un zéro pointé ? Allons, efforçons-nous d'être un tantinet optimistes. Cette réforme n'aura pas que des inconvénients, au moins pour les enseignants. A défaut de leur simplifier le travail, la suppression des notes devrait éviter de provoquer le courroux des parents d'élèves irrascibles, toujours prompts de nos jours à aller tabasser les profs dès réception du mauvais bulletin scolaire de leurs rejetons !...








