— S… Salut… On se connaît ?
— Bien sûr qu’on se connaît ! On t’a liké sur Tinder-mytho. Tu nous a toutes likés aussi.
— Pardon, je ne suis pas sur Tinder-mytho. C’est réservé aux immortels.
— Mais si ! Héraclès t’a parrainé. Le soir du départ, lors du banquet des Argonautes, il t’a créé un profil et tu as swipé à gauche et à droite. Étais-tu saoul ?
— Non. Enfin, juste un peu gai. Je ne bois pas d’habitude. Qui êtes vous ?
— Hylas, as-tu déjà été amoureux ?
— Et bien, je suis l’éromène d’Héraclès. Je ne sais si cela peut s’appeler de l’amour, mais assurément c’est une relation forte. Profonde, même. Douloureuse parfois.
— Que préfèrerais-tu ? Toujours connaître l’étreinte virile du palefrenier d’Augias…
— Ou désormais goûter aux douceurs infinies des nymphes nymphomanes ?
— Mais, Mesdemoiselles, nous ne nous connaissons pas…
— Non… Enfin si, peut-être… Mais vous êtes nombreuses…
— Point du tout ! Vous êtes plus charmante l’une que l’autre, je le jure !
— Il le jure ! Je suis la plus charmante !
— Tu es autre, c’est donc moi l’une la plus charmante que l’autre.
— Mesdemoiselles, je vous en prie ! Je ne suis venu ici que pour quérir de l’eau pour mes compagnons.
— Il est venu pour l’eau.
— Il n’est pas venu pour nous ?
— Mais nous sommes l’eau !
— C’est bien nous qu’il vient prendre.
— Oh oui ! Prends-nous, Hylas !
— Je ne le puis… Si même je pouvais abandonner mes compagnons sur le champ, sans déshonneur, et me marier, comment pourrais-je vous prendre toutes pour femme ? Que dit la coutume ? Que diraient nos familles ?
— Il veut épouser des nymphes ! Comme c’est chou !
— C’est sa façon de dire qu’il veut bien nous prendre sauvagement dans les nénuphars.
— Il ne veut que moi. Je l’ai entendu.
— Une épouse est comme le lait dans la jatte, Hylas. Nous sommes l’eau fraîche des fontaines, toujours courantes, dansantes et riantes. Tu n’as point le devoir de nous épouser et nul ne s’offusquera de nos jeux.
— Je ne sais que dire, Ô ravissantes nymphettes. Quel homme résisterait à vos éclats de rire ? À votre peau claire comme le matin et à vos yeux profonds comme la nuit ? À la volupté quintuplée et sans contrepartie que vous m’offrez ? Tout mon corps désire les vôtres, et pourtant mon cœur répugne à ces emballements de la chair s’ils ne sont baignés du soleil de l’amour.
— Répugne ? Il a dit répugne ?
— Il veut se baigner au soleil. Saules, écartez vos branches larmoyantes ! De la lumière !
— Je vous en prie adorables naïades ! Épargnez-moi la tristesse d’une luxure sans attachement.
— Ah ! Qu’il est dur à séduire, celui-ci !
— Oh oui, qu’il est dur !
— J’en suis toute humide, mes sœurs.
— Que pourrais-tu être d’autre, tête d’eau ? Je le suis toute autant.
— Mais enfin, divines apparitions, n’y a-t-il pas d’autres hommes de brave cœur et de bonne famille qui mériteraient vos soins lubriques ? Pourquoi toutes me vouloir ?
— Crois-tu, Hylas, que nous voudrions nous contenter d’hommes communs ?
— Seul le meilleur nous mérite.
— Dès que Dryope t’a liké, je t’ai liké aussi.
— Puisque l’une t’a choisi, tu dois être le meilleur. Et comme nous t’avons toutes choisies, tu es le meilleur.
— Moi, je ne pouvais choisir un autre homme : et s’il n’avait pas été le meilleur ? Et si j’avais laissé le meilleur à mes sœurs ? Je ne voulais que le meilleur. Nous le voulons toutes.
— Qu’importe la fidélité aux nymphes, toujours courantes, dansantes et riantes ? Comme la semence du meilleur homme est liquide, nous la partagerons.
— Ô Hylas, laquelle veux-tu connaître en premier ?
— Laquelle te plaît le plus ?
— Hylas ! Donne-moi la main !
— Laisse donc cette cruche !
— La cruche pour apporter de l’eau à ses compagnons.
— Hylas, touche la douceur de ma peau !
— Mes cheveux sont plus beaux que les siens. Penche-toi pour sentir leur parfum !
— Les filles, ne me tirez pas tant…
— J’aime ton buste, Hylas.
— Viens tout au fond de notre lit…
https://leseffrontes.fr/index.php/2022/03/30/les-effrontees-du-mois-de-mars-2022-les-nymphes-des-fontaines/