Est-ce que tu sais que nous sommes tous composés de la même eau?
Est-ce que tu sais que nous sommes surtout faits d’eau?
Est-ce que tu as déjà songé que tu es eau et que tout retournera à l’eau?
Est-ce que tu as déjà regardé les reflets de l’eau sur le plafond de ta salle de bain?
Est-ce que tu as vu combien, même sans bouger, ces reflets prouvent l’impact de ton être dans l’eau?
Est-ce que tu sais que de chaque partie de ton corps émergée, émet des ondes, imperceptibles, circulaires, rayonnantes, paisibles?
Est-ce que tu sais qu’elles partent à la rencontre, sans savoir de quoi, ni vers quoi, dans tous les coins de ton plafond, glissant sur l’eau dans la lumière?
Est-ce tu sais que lorsque tu respires dans l’eau, comme une femme donnant naissance, comme un petit chien mettant au monde sa nichée, les ondes se brouillent rapidement, se démultiplient, formant un filet de cellules qui défile à toute vitesse au-dessus de toi, hors de toi et qui ressemble à un rayon tiré d’une ruche d’abeilles?
Est-ce que tu sais qu’après le calme revient vite dans les ondes et que les cercles paisibles réapparaissent par magie, éclairant, en petits ronds concentriques, les parties émergées de ton être apaisé?
Est-ce que tu sais que lorsque tu tousses, les ondes se brisent, en formant d’autres qui partent à leurs tours dans tous les sens, que les ondes se bousculent, qu’elles éclatent, qu’elles en génèrent d’autres et que ce dessin fait de ronds et de taches brillantes explose véritablement dans un mouvement chaotique incontrôlable suggérant l’infini?
Est-ce que tu sais que cela ne dure pas?Est-ce que tu sais que le calme revient brutalement, sans prévenir et que d’un seul coup, les ondes imperceptibles, circulaires, rayonnantes et paisibles reviennent?
Est-ce que tu sais que la goûte d’eau lâchée par le robinet génère des ondes vives qui, circulaires, toujours, arrivent à la rencontre des tiennes à toute vitesse?
Est-ce que tu sais que cela provoque un désordre similaire à celui dû à ta toux?
Mais tu sais déjà que le calme reviendra brutalement et tu observes, tu espères, alors, que c’est le reflet des ondes qui impactent ta vie et que tu jouiras encore de calme plat, même si tu es incapable d’en prévoir le moment, puisque les ondes ne préviennent pas.
Mais tu le sais, alors tu respires calmement.
Est-ce que tu sais que le plafond est sombre là où se trouve ta tête ou ton pied hors de l’eau?
Est-ce que tu les reconnais dans leurs ombres déformées?
Est-ce que tu comprends bien que c’est une partie de ton propre spectre?
Est-ce que tu sais que les ondes brillantes les déforment aussi?
C’est vraiment parce que tu sais que ton pied ou que ta tête sont là que tu les perçois et que tu y reconnais tes poussières que l’ondée bouscule sans jamais les absorber vraiment.
Et tu te plais à imaginer que c’est pour cela que tout est toujours si difficile à comprendre, à reconnaître l’essentiel de la vie quand les ondes se bousculent.
Tu ne regardes même plus les mouvements de l’onde désertée.
Tu sais ce qui se trame au plafond, que les ondes bouleversées s’engagent dans une chorégraphie désordonnée et frénétique, mais que reviendra le calme.
Tu es là, dans ta matière et dans tes nonante pour cent d’eau, à vivre, à t’éponger, t’essuyer, à nouer la serviette autour de la taille, à prendre la suivante destinée à tes cheveux dans le tiroir du buffet sous le miroir où tu ne regardes même pas ton autre reflet.
Aujourd’hui, ce reflet de poussières ne t’intéresse plus.
Seuls comptent les ondes, les rayons de miel, les désordres inquiétants, les ondées croisées, les certitudes de calme revenu.
Quand Mumuse croise ses ondes en celles de Fanny Delannoy