Il s’agit en effet, strictement, de rythme : et non plus de fondation. Benjamin écrit que « l’origine ne se donne jamais à connaître dans l’existence nue, évidente, du factuel, et que sa rythmique ne peut être perçue que dans une double optique. Elle demande à être reconnue d’une part comme une restauration, une restitution, d’autre part comme quelque chose qui est par là même inachevé, ouvert ». C’est donc un rythme sans mesure – c’est-à-dire imprévisible – qui advient comme une « pause où la pensée reprend haleine », et plus encore comme un tourbillon où le fleuve réinvente soudain le sens de sa course. La racine est encore une chose, même si elle grandit secrètement dans les entrailles de la terre. Tandis que le tourbillon est un pur processus, une crise permanente, un rythme fait de coups et de contrecoups, de vecteurs affrontés au cœur desquels se tient l’intervalle, le suspens rythmique, quelque part, comme le dit exactement Benjamin, entre « pré- et post-histoire ».
Georges Didi-Huberman, Imaginer recommencer, Les Éditions de Minuit, 2021













