On ne commence pas de rien, ni même d’une source unique. On recommence. On recommence à partir d’un tourbillon si c’est un fleuve, d’un carrefour si c’est une route. La vraie question serait : comment recommencer ? Et non pas : par quoi commencer ? Pour un penseur comme Martin Heidegger, recommencer est un acte de fondation : c’est retourner à la racine. (…) Pour un penseur comme Walter Benjamin, recommencer consisterait plutôt à retourner les racines ou – si nous pensons à l’image d’un fleuve – à « retourner les sources » plus encore que « retourner à la source » : et cela dans le geste, dans le bond effectué depuis l’espace d’un tourbillon fait lui-même de temps mêlés, de temps en remous.
Georges Didi-Huberman, Imaginer recommencer, Les Éditions de Minuit, 2021










