Interview de Gabriel-Marie Farey aka GMTW
Pour son projet de voyage “Tout va bien”
ON RETROUVE UNE NETTE INFLUENCE DU STREET ART ET DU RAP DANS VOTRE PARCOURS, QUELLES SONT VOS INFLUENCES DANS CE DOMAINE ?
Si je me réfère à la première occurrence de google, je trouve Art Urbain via wikipédia. Je ne sais pas si je peux m’inscrire encore dans cette case. Ok, pour le sticker qui reste un jeu pour moi (et le meilleur moyen de vous procurer une de mes images), mais le reste ne me qualifie plus. Je travaille essentiellement sur des principes d’installation, d’échelle, d’ensemble ou de série, et sur des formes « théoriques » de motifs et/ou de leurs assemblages. Brièvement, mes influences pourraient être 123K, Archigram, wk interact, Barry McGee… Le rap et globalement la culture Hip-Hop jusqu’à 2005 m’ont intéressés. Mais je ne produis plus d’image pour personne.
L'ARCHITECTURE ET SON CONTEXTE URBAIN SEMBLENT ETRE PARTIES PRENANTES DANS VOTRE TRAVAIL? NOTAMMENT A TRAVERS VOTRE SLOGAN “SUPPORT MY HOOD”.
Oui, effectivement, l’architecture et son contexte urbain sont omniprésents dans mon travail. Mon point de départ est la découverte par le biais de la « balade » de l’espace avoisinant. A pied, en vélo, en métro, en fonction des moyens du bord… tous sont bons, tant qu’on peut s’arrêter, observer, prendre des notes, photographier. Historiquement, je me suis intéressé aux sujets que ne bougeaient pas. (via la photographie). C’était plus simple et ça m’a permis de réfléchir très rapidement à l’organisation du cadre et sa composition. Depuis quelques temps, j’utilise goggle street view comme un outils de repérage et balade numérique. C’est pratique. J’aime la contrainte que ça amène en forçant le cadre de vue. L’architecture est finalement une base de donnée de motif graphique selon moi. Je transforme d’ores et déjà ce que je vois en réalité graphique, se composant de forme, de trame et de zone pleine/vide. «Support my hood » englobe tout, comme dans une zone, où on y retrouve, à la fois le dur « construit » et le mou « vivant », les formes et les structures, les bases ancrées, et les flux, sa population et ses sens propres.
POUVEZ-VOUS NOUS PRÉSENTER VOTRE PROCHAIN PROJET?
J’ai une résidence programmée en Lituanie à Nida, sur les mois de Juin/Juillet de cette année. J’ai décidé, pour plus d’autonomie, de découverte, d’échange et de sortir de ma zone de confort, de m’y rendre en vélo, plus précisément en vélo cargo. C’est un projet « poupée russe », avec un tronc qu’est cette résidence et le reste : le voyage, projet soutenu par la Bourse de la Ville de Reims 2015 et le SUAC et les projets satellites autour du voyage (travail sur les DATA, carnet de voyage…). Parallèlement, je participe à une exposition collective sur Lille, à la Maison Folie de Moulins, sur des questions autour du territoire du quartier et de sa population qui sera exposé du 21 mai au 7 juillet.
COMMENT AVEZ-VOUS ÉTABLI VOTRE PARCOURS POUR CE PERIPLE?
Avec les outils qui existent et que j’utilise déjà, des applications pour tracer des itinéraires, et google street view pour contrôler certains passages. Par exemple, sur la zone allemande que je vais traverser, il n’y a que les villes qui sont disponibles en street view… J’ai 10 jours pour y aller, avec 24 heures off à Hamburg. Je monte par la Belgique, puis traverse la Hollande, pour continuer en Allemagne, où j’irais chercher un ferry à Kiel (DE). Arrivé à Klapeida (LT), je redescendrai sur Nida (pleine Ouest).
Y A-T-IL UNE CULTURE ARTISTIQUE PARTICULIÈRE LIÉE AU VÉLO?
Une culture artistique, spécifiquement lié au vélo, je ne sais pas … certains artistes travaillent sur la pratique de la marche, du déplacement.
COMMENT EXPLIQUEZ VOUS CETTE NOUVELLE MODE DU VELO, DU FIXIE ET DU VÉLO EN GÉNÉRAL, LONGTEMPS RESERVE AU TROISIÈME AGE ?
C’est cyclique. Le pignon fixe à toujours existé, le fixie en est sa mode. Certains rentrent dans le vélo grâce à ça, d’autre s’y arrêteront à cause de ça. C’est très simple par sa forme, mais très pointu dans son matériel et physiquement difficile. Si on passe les frontières, on constate qu’il y a une vraie culture vélo et qu’elle touche toutes les catégories sociaux-culturelles. C’est une culture riche et subtile.
EN QUOI LE VÉLO EST-IL PLUS UN OUTIL DE CRÉATION QU'UN AUTRE MODE DE TRANSPORT ?
C’est le juste milieu entre déplacement et découverte. Si vous avez 24 heures dans une ville que vous ne connaissez pas, vous verrez plus de chose en vous déplaçant en vélo qu’en transport en commun ou qu’à pied. C’est simplement efficace. En cela, c’est un outil au même titre qu’un appareil photo ou qu’un ordinateur.
AVEZ-VOUS UN OBJECTIF DE PRODUCTION PARTICULIER POUR CE VOYAGE ? UN CARNET DE ROUTE, UN LIVRE, UNE EXPOSITION ?
Oui, je ne connais pas encore la forme. Mais en pièce satellite, je travaillerai avec Nicolas Canot sur mes datas et avec le laboratoire de recherche URCA Gegenaa qui travaille sur la cartographie. Je suis en lien avec le service de la culture et du patrimoine de Reims pour une exposition, projet lié à la Bourse de la Ville 2015, ainsi qu’avec le SUAC URCA, pour une exposition à mon retour. Il y aura également du direct et simple avec mon instagram GMTWARIE avec les hashtag : #nida #lt #toutvabien #ultraroad #cargobike.
Publiée dans le Magazine PEEL N°03