Pair-Aidance et CNV
Bonjour à toustes, Depuis plusieurs années, j’ai envie d’écrire sur ma pratique de la Pair-Aidance en Santé Mentale. Comment j’en suis arrivé.e là ? De quelle façon je pratique la pair-aidance ? Comment j’accompagne mes pairs ? Avec quels outils ? etc. Maintenant que je me sens plus mature dans ma posture professionnelle et légitime, il est grand temps de s’y mettre ! Et zépartiiiiii !!
Petite base vite fait pour savoir de quoi on parle :
La Pair-Aidance en Santé Mentale - C’est être concerné.e par une ou plusieurs problématique.s de santé mentale (oui oui, ça peut se cumuler 😆👍🏼 exemple : vivre avec un trouble de l’humeur + syndrome anxio-dépressif + anorexie) et transformer son expérience de vie avec les troubles, en activité à part entière. Si tu souhaites en savoir plus >>> clique <<<
La CNV / Écoute Empathique - La Communication NonViolente a été développée dans les années 1960 par le psychologue américain Marshall Rosenberg. En la pratiquant au quotidien, elle permet de plus facilement reconnaître ses sentiments, ses besoins, et d’en prendre soin. Ainsi, l’on devient également plus attentif.ve à ce que l’autre traverse au niveau émotionnel. Pour aller plus loin je vous conseille la BD d’Art-Mella - “Émotions : enquête et mode d’emploi”.
Un nouveau départ
J’ai commencé la pair-aidance en tant que bénévole pour le CHU de Nantes en 2018. Mes structures partenaires étaient le CReSERC -Centre de Référence en Soins d’Éducation thérapeutique et Remédiation Cognitive, l’Unité PromES - Promotion Éducation Santé, et le CReHPsy PL - Centre Ressource Handicap Psychique des Pays de la Loire.
Concrètement, j’ai commencé dans le métier en partageant mon vécu expérientiel lors de journées d’études / colloques / séminaires et en me formant notament à la CNV et à l’ETP - Éducation Thérapeutique des Patient.e.s.
Avec le recul, je trouve ça dingue de m'être lancé.e dans la pair-aidance de cette façon ! Parler devant une assemblée de gens, familles, personnes concernées, professionnel.le.s de santé, de ses difficultés psychiques pour faire avancer la réflexion collective sur le sujet et rendre accessible au plus grand nombre ce que l’on vit avec ses vulnérabilités... C’est quand même quelque chose ! Nous sommes quelques un.e.s à investir la pair-aidance de cette façon au début de notre parcours.
En 2020 et après avoir terminé les enseignements au DU de Lyon sur la Pair-Aidance en Santé Mentale, j’ai décroché un contrat avec le CReSERC, puis le CRehab’S - Centre support en soins de réhabilitation psychosociale des Pays de la Loire ! 🥳
Trouver sa couleur
Quand une personne investit un nouveau poste, elle s’engage potentiellement dans un nouveau lieu, développe un nouveau réseau, accompagne de nouvelles personnes.
Quand on est pair-aidant.e, on n’arrive pas seulement dans un nouvel environnement... On investit un métier inédit qui comporte une infinité de possibles !
Nous devons alors trouver dès notre atterrissage dans l’entre-deux monde de la santé mentale, un équilibre, des repères, déployer notre voix, notre couleur.
Pour ma part, j’ai rapidement identifié que mes kiffs pros allaient tourner autour de la communication et de l’accueil des émotions, les miennes et celles de mes pairs, de mes collègues. La liberté de créer de nouvelles propositions ; tant dans les projets de co-facilitation de groupes, de formations, que dans mes accompagnements individuels ; est pour moi un privilège extrêmement précieux.
Prendre soin du lien
Voici quelques projets que j’ai énergisé et mis en place en collaboration avec mes collègues :
Les Rencontres Empathiques
Le Re-Pair
Le Goûter Psy
Le Goûter Psy est un concept que j’ai co-créé avec Philippine en mars 2020 ; une copine rencontrée lors du DU de Pair-Aidance en Santé Mentale à Lyon en 2019 ; lorsque la crise sanitaire de la COVID-19 a éclaté.
Nos intentions étaient les suivantes :
Comment pratiquer la pair-aidance malgré le confinement, en utilisant les réseaux sociaux ?
Quelle proposition numérique créative et fun, pourrions-nous développer dans le but de lutter contre l’isolement de toustes, notamment des personnes vulnérables ?
Même si j’ai beaucoup souffert dans mon 18m², seul.e, c’est une expérience de vie que j’ai particulièrement apprécié puisqu’elle m’a challengé.e de fou sur ma créativité et comment prendre soin du lien tout en étant cloîtré.e chez moi.
Si vous utilisez Instagram, vous ne pourrez malheureusement plus avoir accès à l’intégralité des animations du Goûter Psy qui ont eu lieu sur mon compte personnel, pour la simple raison que j’ai supprimé ce compte.
Cependant, en farfouillant sur mon tumblr vous pourrez découvrir quelques vestiges datant de cette époque, comme par exemple ►ICI◄. Le compte @legouterpsy est également toujours ouvert ; bien qu’il ne soit plus en activité ; il y a encore quelques lives disponibles.
Sensibilisations / Formations et Cours universitaires / Interventions lors de séminaires
Enfin, il m’arrive régulièrement de partager sur les sujets de la pair-aidance, du rétablissement et de la CNV lors de sensibilisations au sein d’équipes de soin, de formations et cours universitaires, d’interventions lors de séminaires et colloques sur la santé mentale.
Je ne vais pas développer plus que ça cette partie, mais j’ai l’élan de vous partager quand même un ou deux kiffs. :p
Savez-vous ce que je préfère vivre lors de ces événements ?
Ce que j’adoooore vivre c’est me pointer au bazar, et rendre le plus possible interactif et non-conventionnel mon intervention ! Souvent par exemple, avec mes collègues co-facilitateurices ont propose des exercices d’écoute empathique, de connexion à soi, aux autres. Ainsi, chacun.e est invité.e à être acteurice de ce moment passé ensemble.
J’adore aussi porter mon attention sur chaque personne présente et faire du lien, surtout avec celles qui sont les plus silencieuses ou qui ne participent pas trop. <3
L’empathie sauve des vies
Afin de clôturer cet article, il me tient à cœur de dévoiler ma pensée la plus profonde en rapport avec la santé mentale et la CNV / empathie / écoute du cœur.
Je crois fondamentalement que ce ne sont pas les traitements médicamenteux, ou les nombreuses et diverses thérapies existantes qui sauvent les personnes concernées par des vulnérabilités psychiques, dont je fais d’ailleurs partie. Ces techniques contribuent à notre survie et nous maintiennent à flot et c’est déjà une grande chance, mais il y a autre chose...
Avant de vous en dire plus, j’ai l’élan de vous partager ce moment de vie où je n’ai reçu ni empathie, ni amour.
C’était lors d’une crise psychique, et voici ce qui s’est passé suite à cela :
Il y a quelques années, j’ai été hospitalisé.e pour une crise psychotique aigue. J’ai demandé à voir l’une des infirmières présente car je commençais à angoisser sévèrement.
Après quelques minutes ; qui m’ont semblées interminables ; nous sommes allé.e.s dans un bureau de consultation et avons échangé sur ce qu’il se passait pour moi.
L’attitude de cette infirmière était plutôt neutre, cependant dans sa posture et sa communication non-verbale, je sentais qu’elle était très éloignée de moi (port du masque - impossible de décoder plus précisément ses émotions liées au mouvement de son visage, jambes et bras croisé.e.s - fermeture complète du corps, tête reculée - sentiment d'être rejeté.e).
Elle ne reformulait pas ce que je lui partageais et essayait de me rassurer, me proposait des solutions : “Ça va aller.”, “Vous devez vous reposer.”.
Je me sentais incompris.e, stygmatisé.e.
En sortant de notre entretien, mon angoisse naissante s’était alors transformée en attaque de panique (tachycardie / tachypsychie). Impossible de contrôler ma respiration, mes pensées. À chaque seconde qui s’écoulait, j’avais la sensation que ma mort était imminente.
Suite à cette hospitalisation, j’ai fait au moins 15 crises d’angoisse sur les mois qui ont suivis.
Un an après, j’ai appris la mort d’un ami qui ; suite a LA crise d’angoisse de trop, en sortant d’hospit. ; s’est jeté d’un pont.
Mes ami.e.s, ce qui nous sauve, ce qui nous permet de tenir bon de façon solide, c’est quand une personne, un.e amie, un.e collègue, un.e soignant.e nous tend la main, nous offre un câlin, nous écoute avec attention, sans chercher à trouver tout de suite une solution à notre mal-être.
C’est quand on est au fond du trou, dans une chambre d’isolement, et que quelqu’un.e vient nous voir et depuis son regard... on aperçoit quelques larmes couler le long de ses joues. On partage mutuellement une douce et douloureuse impuissance.
Ce qui nous sauve c’est quand on se rapproche physiquement de nous et qu’on nous aide à respirer quand on a une crise d’angoisse abominable, et qu’on nous dit “Je suis là, tu peux me prendre la main si tu veux. De quoi as-tu besoin ?” ou encore “Je suis désolé.e, je ne suis pas à l’aise avec le contact physique. Je me sens impuissant.e, mais j’aimerais tellement t’aider...”
D’après moi, ce sont bien les actes individuels d’empathie et d’amour qui forment le filet de sécurité le plus précieux du monde pour chacun.e d’entre nous, particulièrement pour les personnes concernées par les vulnérabilités psychiques.













