La conversation
Cela fait deux mois qu’elles ne sont pas parlées. Pendant ces nombreuses semaines, elles se sont ignorées, ne s'adressant qu'à peine un regard lorsqu’elles se croisaient. Leur séparation a été compliquée. Elles n’ont pas su la gérer. Chacune de son côté, elles ont essayé de se protéger, de guérir et d’avancer, bien que cela se fit au détriment de l’autre. Pendant deux mois, elles ne se sont pas parlées. Aujourd’hui, la première a souri à l’autre alors, la deuxième, suivant son instinct, a décidé qu’il était temps que le guerre s’achève.
La conversation a été longue et, en quelque sorte, éprouvante. Elles parlent chacune leur tour, se passant un bâton de parole imaginaire dans la main, s’écoutent avec précaution. Comment en sont-elles arrivées à se détester ? C’est la question à laquelle elles ont répondu.
Lorsqu’elles finissent par n’avoir plus d’argument et comprennent que la guerre est enfin finie, l’une dit :
“Tu crois qu’on pourrait se reparler par message ?
-Si tu en as envie.
-Non, dis-moi si toi tu aimerais qu’on se renvoie des messages.
-Oui je veux bien, mais pourquoi ?
-Pour prendre des nouvelles.
-Oui moi ça me va.
-T’es sûre que ça t’irait ?
-Oui.
-Je voudrais pas que ça fasse bizarre, je suis passée à autre chose.
-Tu es passée à autre chose ?
-Oui.
[...]
-Et toi ?
-Oui.
-On pourra peut-être se réajouter une Instagram, réagir à la stroy l’une de l’autre. Si tu le fais, je ne trouverai pas ça bizarre.
-Je ne le ferai sans doute pas si tu ne le fais pas avant. C’est toi qui ne voulais plus qu’on se parle.
-Je sais, j’avais besoin de temps.
-Je sais.”
Depuis le commencement de ce dialogue, les deux filles ne s’étaient pas regardées dans les yeux. Leurs regards s'étaient à peine effleurés. Mais enfin, à cet instant, après près d’une heure, leurs yeux se rencontrent. Pupilles contre pupilles, elles ne se quittent pas. Elles échangent encore quelques paroles, puis l’une conclut :
"Je sais que toi tu as demandé à ne pas avoir de mes nouvelles mais moi j’en avais quand même. Même si je n’en demandais pas à tes amis, j'arrivais à en avoir. Toutes les semaines j’avais mon petit rendez-vous : tes vidéos. Je les regarde chaque semaine et ça m’a permis de savoir que tu allais bien. Par exemple, je sais que tu as déménagé et quand je voyais que t’étais chez tes grands-parents et chez ta mère, je savais que tu étais bien parce que, être là-bas c’est ta bouffée d’oxygène."
mai 2023











