Le Pont de la Concorde
Nous voici de retour à la Concorde, ou plutôt à son pont, reliant la place éponyme de la Rive Droite au Quai d'Orsay desservant l'Assemblée nationale, Rive Gauche.
Un bac était établi en ce lieu depuis la fin du XVIIème siècle. Or, entre le développement du faubourg Saint-Germain (Rive Gauche) et la construction de la place Louis XV (actuelle place de la Concorde, Rive Droite), au début du XVIIIème siècle, la circulation équestre et hippomobile sature alors le Pont Royal (bâti en amont -du fleuve et du temps- près des Tuileries). Décision est prise en 1725, par lettres patentes du roi Louis XV, d'y bâtir un pont. Faute de subventions suffisantes, le chantier ne débuta qu'en 1787, pour ne s'achever qu'en 1791, après des retards de construction dus à l'agitation du début de la Révolution. L'architecte Jean-Rodolphe Perronet (créateur en 1775, avec Daniel-Charles Trudaine, de l'École royale des ponts et chaussées), édifia un pont en arc, primairement dédicacé à Louis XVI, de 153m de portée, aux cinq arches appuyées sur de minces piles avec colonnes tronquées engagées de part et d'autre du fleuve. De 1792 à 95, il prit le nom de "pont de la Révolution", avant d'être renommé pont de la Concorde, jusqu'en 1814. Chacun des chapiteaux des colonnes supporta sous le Premier Empire 8 statues de généraux "morts pour la France", ainsi que 4 colonnes cannelées surmontées de l'aigle impérial, aux entrées du pont. Dès la première restauration monarchique, alors que le pont de la Concorde redevient pour un temps le pont Louis XVI, ces colonnes (jugées trop ostentatoires) et ces généraux furent remplacées par douze statues en marbre de carrare, représentant 4 grands ministres, 4 grands militaires et 4 grands marins de l'histoire française de l’Ancien Régime. Après la révolution de juillet 1830, le pont reprit définitivement son appellation "de la Concorde", et Louis-Philippe, le nouveau roi des français, déplaça les douze statues, devenues trop lourdes pour la structure du pont, dans le Parc de Versailles. Au gré des changements politiques et des aléas de l'histoire de France, ces monumentales effigies (pesant chacune près de dix tonnes!) furent plusieurs fois déplacées, pour finalement aboutir : à l'école militaire de Saint-Cyr pour Du Guesclin, Bayard et Turenne, à l'école navale de Brest pour Colbert, Suffren et Duguay-Trouin, en son fief de Saint-Omer pour Suger, devant feu son château de Rosny-sur-Seine pour Sully, à Tourville-sur-Sienne pour Tourville et à Richelieu pour... Richelieu! Les statues de Condé et Duquesne, quant à elles, furent détruites par les affres de la guerre en 1944...
En 1925, l'exposition des Arts Décoratifs empruntant la chaussée du Pont Alexandre-III, la circulation piétonne et automobile est détournée vers le pont des Invalides et le pont de la Concorde, en y créant une passerelle piétonne de 6m de largeur à l'aval du pont, comme une impression de déjà-vu, d'une exposition à l'autre (voir article précédent). Dès l'année suivante, le projet de doubler la largeur du pont de la Concorde est à l'étude. Il faudra attendre 1932 pour voir ce projet se concrétiser, par le biais des ingénieurs Lang et Deval, portant la largeur du pont à 35m, avec 7m de trottoirs de part et d'autre de la chaussée. Menant de la plus grande place parisienne, desservie par 3 lignes de métro, à l'assemblée nationale, le Pont de la Concorde supporta bien souvent de massives manifestations, comme celle tristement célèbre du 6 février 1934, résolument antiparlementaire, se rendant à ce que l'on nommait sous la IIIème République la Chambre des Députés. Chargés par les forces de l'ordre, de nombreux manifestants se jettèrent dans la Seine depuis le parapet du pont (arborant d'ailleurs les mêmes balustrades que la place éponyme ayant connu plusieurs émeutes violentes durant la Révolution...) Bilan : 31 morts et plus de 2000 blessés... Pont de la concorde?
La construction initiale de ce pont, freinée, nous l'avons vu, par la tourmente révolutionnaire, connut un tournant mélioratif impromptu. En effet, l'architecte Perronet, en manque de matière première pour parachever son ouvrage, trouva en le démantèlement de la forteresse de la Bastille une carrière de pierres à ciel ouvert, qui plus est déjà taillées. Nombre de ces pierres permirent l'achèvement du pont, ainsi qu'aux parisiens révolutionnaires de pouvoir quotidiennement "fouler du pied" le réemploi d'un symbole de l'arbitraire du pouvoir monarchique destitué et alors ô combien honni. La mémoire lithique traversant les siècles...
Crédits : ALM’s











