C’est mathématique
On m'a demandé quel était le prof qui m'avait le plus marqué dans ma vie de lycéen. A 34 ans, en me reportant aux années 90, comme un grand journaliste d'investigation, les premières, pauvres et tragiques associations d'idées n'assemblaient que “bite et cul”, “fumée et carrément” et “AH… NON…. DEHOOOORS !”. Rien, rien que du vide inexploitable. Et d'un coup, ce visage particulier tout creux et ovale. La seule chose qui me soit venue fut cette petite tête ronde toute blanche perchée sur un fébrile bâton. Il s'appelait Mr le Coënt, il pratiquait les mathématiques comme un cure-dent. Un cure-dent surmonté d'une olive juteuse. Très pincé et rectiligne, il ne se surprenait jamais de rien, ni même de moi. Toujours piqué. Il ne s'approchait que rarement des élèves, en sureté derrière le pupitre. Hémophile, Mr le Coënt craignait les objets concordants, compas, ciseaux et autres armes blanches qui emplissent les trousses des jeunes pervers de dix-sept ans. Ni bon, ni mauvais, j'étais l'élève le plus doué parce que j'excellais en jouissance psychologique et je me nourrissais pathétiquement de grammes de coke. Et vu que lui, ce qui l’intéressait dans l'exactitude mathématique, c'était la rapidité du processus, j’étais le meilleur, 19,5 de moyenne.
Je finissais avant tout le monde, je posais mon crayon et je le regardais sans bouger. Il a froncé les sourcils la première fois. Il pensait que je n’étais qu’un petit provocateur et effectivement je l’étais… mais pas que. J’étais insolent, arrogant, fauteur de troubles, menteur, voleur, petite pute, bourreau et j’en passe. J’avais quelque chose de diabolique en moi quand j’étais ado.
Depuis presque dix ans maintenant, je m’efforce de faire le bien. Je souris à la vie, je donne du “bonjour la vie” à qui veut bien. Je rééquilibre les choses en quelques sortes, faut que l’équation soit égale à 0, c’est mathématique.














