Philosopher et penser l’entre-aide - c’est fourmidable
La philosophie est une activité pratique discursive qui prend la vie pour objet, la raison comme moyen, la vérité pour norme et le bonheur (vue comme art de la vie heureuse) pour but.( André Comte Sponville)
Philosophie entendue comme la sagesse de l’amour de l’existence ou plus exactement comme le savoir (connaissance) de l’amour de la vie (pour les grecs anciens « Sophia » ayant 2 significations : savoir et sagesse).
Philosopher c’est en quelque manière s’efforcer de penser mieux afin de nous aider, en l’acceptant, à aimer la vie Une orientation de la condition humaine, que nous expérimentons tous, est de préférer le bonheur au malheur.
La question est alors ? De quel bonheur parle-t-on ?
Il y a deux conceptions du bonheur qui s’opposent et qui ont une incidence majeure sur notre mode d’existence :
· Le bonheur vu comme joie immuable, félicité constante qui n’est autre qu’une illusion. Un graal illusoire qui impose une quête et donc des renoncements, des sacrifices. A éviter …
· Le bonheur vu comme un dynamisme, comme un état fluctuant, un espace de temps où la joie peut advenir – le champ d’une possible félicité (ou dans un degré moindre d’une absence de troubles : ataraxie) qui potentiellement peut survenir ou pas - mais ici pas d’impossibilité - contrairement au malheur qui lui vous fait ressentir l’absence de cette possible venue de la joie. Or qu’est ce qui nous rend joyeux ? C’est simplement tout ce que l’on aime. C’est donc en adhérant, en aimant la vie que l’on peut accéder à la contingence du bonheur et à toutes ses intensités passagères.
Il y 3 façons de rechercher le bonheur :
- Par des substances chimiques (drogues, alcools, médicaments, chimie corporelle : ocytocine, dopamine, sérotonine…).Chemin souvent pris pour échapper à un mal être par ceux ou celles qui sont « malheureux de ne pas être heureux ». Voie subordonnée à une vision plutôt pessimiste de l’existence.
- Par l’illusion : adhérer pleinement à des croyances (religieuses ou non) au détriment de toutes vérités. Voie empruntée par les personnes qui cherchent plutôt à positiver, en donnant un sens à leur existence. Deux visions sont consubstantielles à cet état :
- Vision plutôt optimiste de la vie pour ceux ou celles pour qui la fin (souvent le plaisir) peut justifier les moyens ou bien pour d’autres qui suivent un idéal, un rêve, quitte à faire abstractions consciemment ou inconsciemment des réalités pénibles ou douloureuses de la condition humaine.
- Vision plutôt pessimiste de la vie pour les croyances issues des religions qui peu ou prou fantasment un salut reporté dans un au-delà gagné dans les souffrances de l’ici bas.
- Par le bon usage de la raison, en se donnant complètement au réel en partant du postulat d’une immanence pure et radicale. Nous partons ici d’une vision tragique et déterministe de l’existence avec ses mécanismes intrinsèques, ses mouvements mis en évidence, ses jeux de force, de contradictions et qui s’affrontent particulièrement en nous comme nous l’expérimentons tous, en notre for intérieur (pour peu que l’on y soit attentif).
Par notre éducation et notre héritage culturel judéo-chrétien (juif- grec et romain), nous sommes plutôt en clin à rechercher le bonheur dans l’illusion ou autres paradis que l’on dit perdus. Malgré la profonde déconstruction de cet héritage opérée par les penseurs de la renaissance à nos jours, malgré 1789 et tout son cortège de bouleversements des anciennes valeurs et autres certitudes, malgré un changement radical de nos sociétés devenues industrielles, laïques et cosmopolites donc plus matérialiste au sens philosophique de terme, les illusions ont la vie dure.
Pourquoi ? Tout simplement parce que nous sommes toujours éduqués avec l’idée sacro sainte de notre entier libre arbitre. Que ce que je décide de faire est le fruit unique de ma propre volonté. Et que par une confusion bien légitime au demeurant, se croyant libre, chacun se croit être la cause première de ses actions. Car nous agissons toujours en raison d’une fin, à savoir : l’utile dont nous avons la volonté. C’est parce que nous expérimentons les effets induits par la cause finale (notre volonté) que nous en restons là et que jamais nous nous interrogeons sur la cause première - celle qui nous fait vouloir - et dont l’effet est notre volonté.
Ainsi nous croyons à tort au libre arbitre et rejetons, comme une évidente stupidité, le déterminisme issu de la cause première (que nous ignorons par manque de questionnement). Cette situation est trompeuse mais naturelle car utile - nous ressentons tous les effets des causes qui agissent en nous (un lion se présente devant moi, j’ai peur de me faire manger, je décide de me sauver, situation à caractère urgente qui ne s’embarrasse par de l’usage de la raison pour réagir face à un danger) - mais nous ignorons ces causes. Nous nous attribuons donc l’origine de nos comportements. Le fait que nous sommes déterminés ne supprimera jamais notre impression d’être libre. C’est une illusion insuppréssible. De même que savoir que la terre tourne autour du soleil, jamais nous n’empêche de voir faux et de contempler le soleil tournant autour de notre planète.
Nous ne sommes donc en aucune manière les souverains de nous-mêmes. Nous le croyons de façon illusoire et par simple ignorance. Nos décisions, nos choix – tout ce que nous prenons pour l’exercice de notre liberté ne sont en fait que les conséquences des causes (efficientes – réelles) qui agissent en nous à savoir :
- au niveau psychologique déterminisme psychique, mécanique du désir, rouages secrets de l’inconscient.
- affaire de conditionnement social : l’inconscient étant un instrument redoutable, non pas par son contenu refoulé –douloureux (inconscient freudien) car punissable par la socio-culture – mais par son coté autorisé (encouragé par cette socio-culture) et qui a été placé en nous depuis sa naissance dans son cerveau.
- au niveau biologique : question d’hormones, d’enzymes, de peptides, de connexions neuronales …
L’homme n’en a pas conscience mais c’est ce bric-à-brac d’idées reçues, de lieux communs, de préjugés, de jugement de valeurs, le tout mariné dans une soupe biologique faisant notre être, qui guident ses actes.
Si nous vivons dans une absence de libre arbitre, comment peut-on alors rechercher, par la raison, la clé d‘un éventuel bonheur dans un monde si déterminé ?
Comment ne pas être plutôt tenté d’y remédier en cherchant remèdes à nos maux par des subterfuges tout aussi illusoires que ceux décrits précédemment. ?
L’histoire nous montre que les civilisations naissent, vivent puis meurent remplacées par d’autres plus dynamiques. Notre civilisation occidentale, qui à imposées ces valeurs à l’ensemble de la planète, s’essoufflent par perte d’identité et sentiment latent de confusion.
A travers la mondialisation, globalisation oblige, nous sommes reliés quasi instantanément au reste du monde par l’information. De reste, par cette débauche informationnelle, dépassant, par trop souvent, notre capacité d’entendement, nous sommes de plus en plus étreints par une diffuse impression de confusion permanente.
Contrairement au postulat du libre arbitre, nous ressentons une dépossession de notre faculté de mener notre existence. Un sentiment d’angoisse peut naître, irrépressible, difficilement contrôlable. Ayant pour multiples causes : la peur de n’être pas à la hauteur, la peur du chômage, de la vieillesse, de la maladie, de la précarité, de la fin des temps ou bien pour autres causes la soumission à différents diktats comme celui du corps cultivé dans l’effort ou l’intimation de la jouissance et des plaisirs immédiats, ainsi qu’un consumérisme porté par une propagande de bon aloi. Les conséquences de cette emprise à la société font que les substituts ou dérivatifs sont légions pour encombrer la voie royale (réelle) d’accès à la vie heureuse, par la raison.
Bien au contraire, tout nous pousse à abuser de substances diverses et variées, palliatives à nos états d’âmes en pleine déliquescence ou bien à adhérer aux nombreuses activités de divertissement (tout aussi lénifiantes mais rassurantes) que nous impose, notre outrancière société consumériste et qui a comme conséquence ultime un possible suicide planétaire.
Comment dès lors répondre aux défis écologiques – humains – civilisationnelles – économiques – biologiques – éthiques … qui demandent des réponses urgentes pour éviter l’effondrement.
Ces réponses posent comme préalable à la résolution des défis, une reconquête de l’esprit de coopération, de partage et d’entre-aide et de reléguer le plus loin possible de nous, le paradigme de nos sociétés qu’est cette intolérable omniprésente et surreprésentée compétition cause première de nos souffrances.
Et que notre nouveau paradigme - soit: la coopération – advienne .
AD 2016 texte inachevé








