Pensée secrète


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Pensée secrète
Musique en mots #4
J’ai été tagué par ma chère et tendre @pitite-xena, je me prête donc à l’exercice, mais je le dévie un peu. Le but est à la base de mettre son mp3/portable en mode aléatoire et de répondre à chaque question avec le titre d’une chanson. J’ai décidé d’ajouter un peu de fiction à cela :D Vous verrez, ça sera chouette.
4. Add “in my pants” to the title of the fourth song :
Can’t stop, The Red Hot Chili Peppers.
Insomniaque il se lève, fuit le monde de la nuit par la porte du salon pour s'installer à son bureau. Les démons du soir lui tournent encore autour du crâne dans une brume épaisse, compacte, tandis que sa main lourde vient se saisir du stylo à idées. L'éveillé reste ainsi longtemps, à se laisser couler lascivement, avant de soudain voir monter le désir impérieux d'agiter le poignet, de se mettre à la tâche. Ses doigts enserrent l'instrument, qui décrit alors boucles et arcs de cercle, lignes et respirations. C'est toute une installation en entonnoir qui se met en branle : d’un désir aux contours mal définis vers la précision infinie du geste de l’écriture, si vif, si sûr. Bientôt l’auteur s’emballe et transfuse l’idée directement du cerveau au papier, sans intermédiaire ni filtre, sans contrôle, sans cran d’arrêt : c’est son sang qui, à présent, coule bleu de ses veines à la feuille. Il se sent partir, ne maîtrise plus la situation et dans un chaos général voit poindre la jouissance d’un point final ; la voilà qui arrive ; la voilà ; c’est là : l’auteur voudrait tenir en haleine son lecteur, pousser plus loin la psychologie des personnages, l’intrigue, les émotions, mais l’appel à la clôture est trop fort. Il finit son texte d’une giclée de mots, propulsée dans un élan soudain et qui vient clore l’ascension vertigineuse, la course effrénée vers la création. La fatigue loin derrière lui, l’ancien veilleur ressent à présent cette puissance qui lui parcourt le corps de part en part, l’adrénaline qui le fait sourire de nervosité et trembler un peu, suer quelques gouttes. Il regarde, hébété, l’objet de son agitation ; son regard se fige, son corps redescend en pression : le texte est faible, trop faible. Il aurait fallu contenir l’idée, la faire mûrir quelques temps pour la distiller, petit à petit, sur de petits carnets à notes, afin que celle-ci devienne un grand et beau projet. L’auteur, frustré, goûte à l'amertume d’un plaisir solitaire, éphémère, sur lequel il ne peut revenir, au travers duquel il entrevoit toutes les possibilités gâchées, toutes la complexité d’une oeuvre avortée. Assis là dans la lumière faible du travail, il s’écroule sur son bureau pour pleurer un peu, s’endormir enfin.
Frumieux Bandersnatch