La Kolyma -
Je me réveille et Sacha n’est pas la. Il fait tellement beau et brillant que J’ai l’impression qu’il est midi. Non ça va il n'est que huit heures, tout le monde dort encore dans la salle de sport. Je me rendors un peu et me réveille à midi… génial.
Heureusement je n’ai rien loupé, tout le monde s’affaire dans la salle, prend des douches, joue, au basket menaçant de faire tomber les bouilloires posées aléatoirement sur le terrain. Cette nuit la sera gratuite, je n’ai jamais pu trouver la babouchka de la veille qui gère l’hôtel improvisé. Certains jouent de la guimbarde. L’instrument traditionnel yakoute. Hummus en langue Yakoute. J’ai super faim du coup. Ivan un des organisateurs m’emmène voir sa maman qui se trouve être la dame qui me proposa son logement trop cher la veille. Pas rancunière la dame, elle m’offre l’intégralité du contenu de son frigo en me jetant des regards amusés, traduction : mais qu’est ce qu’il fout la tout seul celui là. Elle me jette un cognac dans un dé a coudre, toute fière de me montrer la phrase en français sur l’étiquette de la bouteille. En français certes mais dans une traduction d’une médiocrité incroyable. Du grand Google trad. Y a juste des trucs que je peux pas manger ceci dit. Leur sang de poulain bouilli en forme de saucisse la c’est pas possible. Les Évènes je n’en parle pas mais eux ils mangent exclusivement de la viande. L’enfer. Mais que veux tu faire pousser ici à part des sapins?
Les Evènes justement. Ils se préparent pour la course de rennes. Sacha réapparaît, il est parti faire des photos du lever de soleil puis s’est perdu dans la nature pendant trois heures. Complètement à l’arrache celui-ci. « Picture me please » me sort il fidèle à lui-même. Je l’appelle Mister blabla ça le fait marrer. Mais en vrai des fois J’ai envie de le lâcher dans un goulag. Ivan est plus posé, aussi parce qu’il n’a pas dormi de la nuit. Tout le monde se retrouve pour la course de rennes. Les pauvres bêtes sont attachées par deux à des traîneaux en bois sur lesquels les participants prennent place. Ils doivent d’abord lancer un lasso autour d’un pieu pour pouvoir partir. C’est ridicule, les élans sont mal attachés, ouvrent la gueule de douleur, la langue pendante et se font fouetter toutes les trois secondes pour faire deux fois le tour d'une piste et récompenser le vainqueur qui repartira avec une motoneige en cadeau. Parfois, et ça me fait tristement marrer, les rennes n’ont font qu’à leur tête et envoie valser le bougre derrière qui se débat dans la neige pour remettre en place son traineau avant de remettre les animaux dans le droit chemin. Un peu nul donc. On me dit que c’est la tradition. On me dit aussi que sans l’homme les rennes seraient bouffés par les loups et les ours. Alors les rennes on dit merci ? Et on continue de tirer son humain en tirant la langue sans broncher.
Après tout ce cirque, les rallyes man proposent de me ramener à Yakutsk gratuitement, je saute sur l’occasion d’autant qu’ils vont visiter un goulag quelque part dans le nord avant de rentrer. Sacha vient avec nous et commence et me montrer absolument toutes les photos de son appareil dans la voiture. Insupportable. C’est comme le mec qui poste 357 photos sur Facebook. Normalement t’en regarde cinq, tu commentes « classe mec ! » et tu retournes à tes vidéos de chats qui fond des roulades.
Mais il est attachant ce con, parfois quand personne ne parle et que l’ambiance est à la somnolence, il me pousse du coude pour me montrer ce qu’il écoute comme musique. Il est fou.
Le chauffeur, Samuel, m’appelle « OK Google » il passe beaucoup trop de temps sur Google translate à me montrer des traductions que je ne comprends même pas en français.
Bon concrètement trois heures de trajet aller et trois heures retour pour visiter un goulag qui se trouve être en fait deux cabanes en bois effondrées par la neige avec un pauvre fil barbelé au milieu ça fait beaucoup. L’histoire est intéressante néanmoins. On est sur la route de la kolyma. Communément appelée la route des os. Puisque sous le permafrost de la route s’étalent des milliers de cadavres de prisonniers du goulag. Je me demande juste comment ces mecs pouvaient travailler par moins soixante l’hiver. La question ne se pose pas, ils mourraient tout simplement. Et certainement que Staline pouvait réapprovisionner le goulag régulièrement. Toujours est il que ça me donne froid, J’ai les pieds gelés et y a même pas un petit café pour prendre un bon thé chaud à la sortie . De retour sur Yakutsk tard le soir, je retrouve papy Yakoute qui me regarde en mode « bah t’étais ou toi !» beaucoup trop drôle ce papy. Il a l’air content de me voir. Le lendemain il me montre une casserole vide me faisant comprendre que je dois faire à manger. Il le fait avec tellement d’humour que je ne peux pas résister et je m’y met avec plaisir. Je me sens à la maison ici, mais je dois déjà penser à mon retour à Saint Petersburg. Je pars donc le lendemain pour quatre jours de trajet jusqu’à Novossibirsk.
Bisous











