“Polyphobie”, what?
L’article qui suit risque d’être assez hétéro-centré du fait que je suis hétéro-sexuel. Je m’en excuse d’avance. Il faudrait l’aborder sous l’angle d’autres rapports amoureux pour dresser un tableau complet.
Ça y est, le terme est lancé. Et ça passe mal, tellement ça fait penser à l’horreur “végéphobie” qu’ont inventé des vegans blancs en comparant ça de façon proprement à vomir au racisme ou au sexisme. Comparez ça à l’arachnophobie à la limite, mais un peu de décence est demandée quand on est blanc et qu’on compare des choses au racisme alors qu’on l’a jamais vécu et qu’on ne se rend pas compte que le racisme, c’est un truc qui marque une personne toute sa vie et qui a un peu plus d’implications que des blagues vaseuses au repas organisé par mamie. Parce que quand on se prend une remarque raciste, ça résonne avec tout le reste, c’est une humiliation de plus qui ramène à sa condition sociale et à ce que ça veut dire dans une société hiérarchisée et ultra violente comme la nôtre.
Le fait que des mecs parlent de polyphobie, et commencent à utiliser du vocable féministe dans les débats pour grignoter les espaces d’expression à leur bénéfice, ça peut aussi révulser.
Ci-dessus, ça commence par mégenrer l’autrice, puis ça demande un TW en faisant du tone policing... GG le mascu.
Mais quand on y réfléchit bien, on peut aussi concevoir la polyphobie ainsi : Ce n’est pas une oppression à part, c’est juste l’expression de l’oppression patriarcale résultant en : l’injonction au couple exclusif hétéro-normé, l’injonction à s’intégrer dans un modèle familial conventionnel, l’injonction de virilité dans le cas des hommes. Et cela peut avoir des implications dans la reconnaissance d’un enfant devant la société , etc.
Rappelons d’abord ce qu’est censé être le polyamour - ou amour libre : le fait de déconstruire les rapports amoureux normés en laissant la possibilité à chacun d'exprimer ses sentiments, sans les réprimer. Se rendre compte qu'une personne qu'on aime, si on l'empêche d'aimer d'autres, pourrait en souffrir ainsi que notre relation. Du coup, laisser une chance au fait d'inventer nos propres modes relationnels dans la bienveillance. Une façon de déconstruire la jalousie et la toxicité du couple exclusif, du modèle familial normé et ce qu'il a de patriarcal, etc. Le concept est évidemment pas garantie de comportements masculins vertueux... malheureusement. Plein de keums grave toxiques se prétendent poly. Et aucun mec même poly ne peut se targuer de ne causer aucune violence misogyne. On n’a pas encore aboli le patriarcat, et l’auto-déconstruction des dominants, mouais...
La polyphobie touche en premier lieu les femmes et avec une violence sans commune mesure avec ce que subissent les hommes. Les hommes sont privilégiés par la hiérarchie sociale et sont les principaux acteurs des violence misogynes. Une femme qui a plusieurs relations d’amour en même temps est très vite taxée du vocabulaire misogyne le plus crasse, encoure des punitions sociales, physiques, etc. Avoir un enfant avec un autre homme, sans divorcer du premier ? Impensable sans doute. En tout cas cela risque d’avoir des conséquences. Ici la violence patriarcale est claire. Le terme polyphobie permet juste de nommer son articulation lorsque une femme se libère du carcan du couple exclusif.
Les hommes peuvent-ils subir de la polyphobie ? Certainement. Autant, la masculinité comme construction sociale encourage les hommes à multiplier les “aventures” sans lendemain, et ne serait pas non plus contre voir un homme avoir plusieurs compagnes en même temps, autant elle l’accepte à condition que cela rentre dans le cadre de la “virilité”. L’amour libre, ce ne devrait surtout pas être pour un homme juste le fait de s’autoriser d’autres histoires d’amour. C’est aussi et surtout laisser sa ou ses compagnes avoir d’autres histoires d’amour. C’est ne pas demander à une femme qu’on a rencontré de quitter son homme. En clair, les rapports masculins peuvent rapidement punir un homme qui laisse sa compagne avoir d’autres histoires d’amour. Non seulement on insultera la femme qu’il aime, avec beaucoup de violence, mais on le taxera de lâche, on dira qu’il “partage” sa femme avec d’autres hommes. Bref, on essaiera de l’humilier sur des bases virilistes.
Merci aux camarades féministes qui m’ont éduqué pour aboutir à ce texte.
Illustration : détail de la bannière du site www.antisexisme.net












