Où sont passés les prophètes?
Prédication par Andrew Rossiter au temple de Villeneuve sur Lot le 9 février 2025 Luc 5.1-11
Où sont passés les prophètes aujourd’hui? Quelle est la voix prophétique des églises, et plus précisément de notre église? Je ne parle pas de ces prophètes qui prétendent dire le future, annoncent les cataclysmes, promettent de guérir avec un pouvoir magique ou autre manifestations douteuses. Mais de ces voix qui se lèvent pour dénoncer l’injustice et qui protestent au nom d’une vraie fraternité comme réponse à l’appel de Dieu.
Je suis attristé par beaucoup de messages d’églises qui sont obsédés par la répétition de louanges vaines et de manifestations d’adoration sans fin, qui sont préoccupées par le nombre de fidèles chaque dimanche, ou qui annoncent un évangile de prospérité (ce qui est une perversion de l’Evangile: de prétendre que la pauvreté est le résultat d’une personnalité inepte qui ne sais pas se prendre en main, et non enracinée dans les inégalités structurelles). Donc la question est là: Où sont allés tous les prophètes?
Et si nous regardons au-delà des prédicateurs pour s’intéresser aux dirigeants en général aujourd’hui, nous pouvons poser la même question: «Où sont partis tous les vrais dirigeants?» Des dirigeants de courage et de vision qui avancent et font avancer le monde?
Dieu sait que le monde a besoin de vrais leaders aujourd’hui. Et qu’est-ce que nous trouvons sur la scène publique et politique? Des occupants narcissiques des bureaux qui cherchent à remplir leurs propres poches avec la richesse du public, des présidents intempérés, déréglés par leurs passions et intérêts ou imbibés de leur importance qui se lancent dans des tours de vengeance, des politiciens heureux que leurs déclarations sans fondement font le buzz sur Internet. Alors, où sont passés les vrais leaders? Ou pourquoi ne voyons-nous pas aujourd’hui des vrais femmes et hommes d’état émerger?
Vous vous demandez, sans doute, où est-ce que je vais vous amener ce matin? Le temps de culte n’est pas une plateforme pour des propos politiques! Quel est le rapport avec une histoire d’une pêche miraculeuse et de savoir qui occupe la Maison Blanche actuellement ou le Kremlin, ou d’autres capitales dans le monde en Asie et en Afrique? Et vous avez raison de poser la question, mais je vois un lien directe entre ce que nous vivons aujourd’hui dans le monde politique et l’appel de ses premiers disciples dans l’Évangile de Luc. Car ce récit n’est pas autant une belle histoire qui termine avec assez de poissons pour nourrir tout le village, même pas une histoire d’une abondance qui aurait pu être vendu rassurant l’avenir de la famille de Simon et de Jean et Jacques. En regardant bien l’ensemble du récit et non seulement «la prise miraculeuse des poissons» nous voyons une autre grande prise de Jésus, c’est sa capacité de rassembler et élever des futurs chefs pour sa mission.
Le mouvement dans cette histoire nous déplacer de ce petit village au bord du lac de Gennésareth pour contempler la situation dans son ensemble (the big picture). Luc est préoccupé par les origines de son église et d’où venaient ses dirigeants. Les personnes qu’il a connu telles que Simon, Jacques et Jean, Marie de Magdala, Jeanne et d’autres femmes qui sont dans les premières pages de son Évangile, comment sont-elles devenues les futurs leaders du mouvement de Jésus? Nous reverrons Marie et Jeanne au tombeau. Nous entendrons parler de Jacques et Jean encore dans la maison de Jaïrus. Nous entendrons parler à nouveau de Simon, lors de la Transfiguration et dans l’une des apparitions post-résurrection de Jésus. Et dans le livre des Actes nous les retrouvons tous. Bien que peu nombreux, et incertains au début, ces suiveurs, cette «grande prise» de partisans, deviendront une force redoutable dans les années à venir.
Pourtant, ce n’est pas certain que cette grande prise aurait pu avoir lieu si Jésus n’avait pas aidé ces hommes et ces femmes. Il a accompagné leur transformation pas à pas pour surmonter les obstacles personnels qu’ils percevaient en eux. Il les a aidé de dépasser ce qui les empêchait de devenir les personnes que Jésus voyait en eux. Et dans ce que Luc nous dit, nous pouvons voir, peut-être, les clés pour comprendre quels sont les obstacles qui font que le monde est en panne de vrais dirigeants aujourd’hui.
En premier lieu, certains dirigeants potentiels sont bloqués parce qu’ils portent le poids des échecs passés. Les partenaires de Simon avaient pêché toute la nuit, mais n’avaient rien pris. Peut-être qu’ils pêcheraient un autre jour, mais pas maintenant. Fatigués et affligés, impuissants et déçus ils ont une seul envie - rentrer chez eux. Mais Jésus fait en sorte que les pêcheurs détournent leur vue du rivage pour regarder la mer (en mettant leurs bateaux à l’eau pour avancer vers les profondeurs). Il les aide ainsi à surmonter leurs échecs passés avec de nouveaux succès dans le présent.
Ce n’est pas seulement à cause de l’âge de beaucoup de nos dirigeants, mais c’est aussi vrai que le poids du passé pèse un peu plus chaque année, empêchant un mouvement vers l’avant, en voulant figer les choses dans un passé doré. Comment faire en sorte que les femmes et les hommes qui se lèvent pour nous diriger puissent réorienter leur vision en déplaçant la lumière des projecteurs de la côte vers la mer, et ainsi se détournant des anciens échecs vers la promesse de nouveaux succès?
En deuxième lieu, certains futurs dirigeants potentiels restent dans l’ombre parce qu’ils luttent avec leurs faiblesses actuelles. Quand Simon dit: «Je suis un pécheur», Jésus ne détourne pas son regard. Il ne cherchait pas des gens parfaits, mais seulement des gens engagés. Et quoi qu’il devienne en tant que guérisseur, prédicateur et apôtre, Simon commence avec qui il est en reconnaissant qu’il est pécheur.
Reconnaître et, avec le temps, peut-être l’accepter, mais au moins apprendre à vivre avec nos cicatrices peut nous libérer pour vivre le potentiel que Dieu place en nous. Cette idée est centrale du livre d’Henri Nouwen: «Le Guérisseur Blessé» (The Wounded Healer).
Ici Nouwen réfléchit sur notre monde marqué par le progrès spectaculaire, et pourquoi les femmes et les hommes n’adhèrent pas à la foi chrétienne? Il identifie certaines conditions nécessaires à l’émergence d’un leadership spirituel. Tout en douceur, Nouwen nous fait pénétrer au cœur du drame que nous sommes si nombreux à vivre. C’est-à-dire l’incertitude d’où nous venons, notre perte du sens de la continuité historique, et le bouleversement de nos système de valeurs. Rien n’est pas comme avant! Le chant Gospel «It’s me, it’s me, it’s me O Lord, standing in the need of prayer» nous place dans la réalisation de notre besoin de Dieu et de l’autre.
Troisièmement, certains dirigeants potentiels n’émergent pas parce qu’ils luttent avec leurs peurs futures. Jésus déplace l’attention de ces pêcheurs loin de leurs échecs passés et de leurs faiblesses actuelles vers le futur. Il ne dit pas simplement «Ne crains pas». C’est trop facile et la phrase n’aucun sens face au désarroi profond que ressentent les femmes et les hommes. Mais il dit, «Ne crains pas parce que désormais ce sont les personnes que tu captureras». Ce qui donne à ses futurs disciples un aperçu de leur avenir malgré leurs peurs.
Combiner l’assurance d’en finir avec la peur et offrir «voici ton futur» est une déclaration que nous trouvons à travers le récit biblique en commençant avec Abraham et en passant par Moïse, Esaïe et d’autres prophètes. C’est un refrain qui a le pouvoir de sortir le potentiel qui réside en nous pour s’épanouir en service au monde. Celui qui nous appelle, nous offre un avenir.











