Je viens de finir "Americanah", le livre de Chimamanda Ngozi Adichie
En tant que personne blanche vivant dans un pays à majorité blanche, ma compréhension de ce qu'est le racisme ne peut être qu'incomplète. Il est cependant des gens, des livres ou des films qui permettent de saisir, peut-être, ne serait-ce qu'une fraction de cette réalité. Et c'est très important. Je ne suis jamais allée en Afrique, et la seule connaissance que j'en ai me vient d'un père qui y a vécu autour d'un an, fasciné par une culture qu'il découvrait et en même temps bercé par les pensées néo-coloniales de ces parents. Difficile donc d'avoir une vision plus biaisée de ce grand continent, entre fascination et léger dédain. Les préjugées, et le racisme, se fondent sur deux choses. Le manque de connaissance de l'autre et le fait d'appartenir, de près ou de loin, à une catégorie dominante de personnes. Quand on est né blanc, on appartient à une classe dominante, qu'on le veuille ou non. Le problème devient alors de s'extraire de ces pensées qu'on nous propose toutes faites depuis notre naissance pour prendre du recul sur ce que l'on est. Refuser de reconnaître qu'en tant que blanche je possède des privilèges que je ne devrais pas avoir revient à fermer les yeux sur une réalité injuste. C'est aussi délibérément ignorer la souffrance de millions de gens. C'est quelque chose que je me refuse à faire. Dire ensuite que "on n'y peut rien" après avoir reconnu cet état de fait, c'est avouer, non pas son impuissance à changer les choses, mais son manque d'intérêt pour le problème. C'est aussi refuser de reconnaître qu'une catégorie dirigeante a toujours un moyen d'action important, du fait même de son pouvoir et de ses privilèges. Je suis blanche, et précisément pour cette raison, je peux agir contre la racisme, en moi et dans les autres. D'abord, je dois reconnaître qu'il peut exister en moi, malgré ma vigilance et mon dégoût d'une telle chose. Aujourd'hui, peu de gens n'admettent être raciste. C'est devenu (et à juste titre), pour beaucoup de monde, mal vu. Pourtant, il suffit d'écouter avec un peu d'attention les discours des uns et des autres pour le découvrir, rampant, insidieux. Peu de personnes n'osent faire leur examen de conscience et s'apercevoir de leurs préjugés. C'est si confortable de ne pas les voir! Vivre en se jugeant supérieur à tout le monde est bien plus agréable que de se forcer à se confronter au pire de ce qui est en nous, de ce que nous sommes. Je pense que beaucoup de blancs qui se disent "de gauche", qui militent pour l'égalité, sont au fond tout aussi racistes qui ceux qui ne voient pas de problème à l'admettre. Depuis longtemps déjà, nous aurions dû corriger cet état de fait. Nous aurions dû nous examiner sérieusement, sans fard ni faux-semblant, et s'apercevoir de cette terrible contradiction. Admettre que nous faisons partie intégrante d'un problème de grand ampleur est déjà un premier pas pour le corriger. La lutte que nous avons à faire contre nos propres préjugés devrait nous retirer, à terme, nos privilèges. Et c'est une très bonne chose. Je ne peux accepter de recevoir quelque chose sur une base qui n'est pas celle ni du mérite ni du droit. Que j'ai plus que mon voisin si j'ai plus travaillé que lui me gêne déjà (car comment comptabiliser le "plus travailler" et car le partage des richesses fait partie de mes convictions) mais que j'obtienne, dès la naissance, plus que beaucoup de gens sans aucune raison valable m'écœure. Je ne pense pas être la seule à penser que nous serions plus proches de ce que nous voulons ou désirons être si nous perdions ces privilèges-là. Mais peu importe au fond. On se bat pour quelque chose parce que c'est juste, pas pour ce que cela peut nous apporter. Et en l'occurence la façon de lutter n'est pas compliquée à découvrir. Comment se battre contre ses préjugés? En apprenant à juger sans préavis. Autrement dit, en apprenant à connaître ce que nous jugeons déjà sans savoir; en parlant non pas d'après ce qu'on croit savoir mais d'après ce que l'on sait véritablement, de ce que l'on a appris; en arrêtant de s'ériger en juge suprême et omnipotent, mais plutôt en acceptant sa propre faillibilité. Pour cesser d'être racistes, apprenez. Apprenez l'histoire des blancs qui ont maltraité d'autres êtres humains du fait uniquement de leur couleur de peau (à ce propos, le film "12 years a slave" est absolument édifiant). Apprenez l'histoire de ceux qui les ont combattus. Apprenez ce que vivent aujourd'hui tous ceux qui sont victimes de racisme. Apprenez à écouter ce qu'ils vous disent et à respecter leur parole. Ils savent mieux que nous la réalité du racisme. Nous avons énormément à apprendre d'eux. Je ne connais rien, ou si peu, de ces problèmes. Mais pour m'indigner du fait que le racisme existe, il me suffit de savoir qu'il engendre de la souffrance. Et pour me décider à le combattre, il me suffit de savoir que si ni vous ni moi le font, il perdurera. Je vais me battre contre le racisme que je porte sûrement, d'une manière ou d'une autre, en moi. Je veux être capable de voir la différence sans l'utiliser pour juger ceux qui se trouvent en face de moi. Et pour cela, je vais apprendre. Je vais lire. Et voir des films. Et écouter des gens. Et m'intéresser à des articles, des blogs. Et regarder des vidéos. Je sais que tout est un océan de choses à découvrir m'attend. Je sais aussi que certaines que je vais découvrir vont me choquer, me heurter, peut-être m'agresser. Ce n'est pas grave. Je ne cherche pas à me protéger. Il faut sûrement que mon amour-propre prenne quelques coups pour que je puisse le corriger un peu. Et puis, je ne veux pas lire quelque chose qui m'est destinée. Pas quelque chose qui est fait pour la petite blanche que je suis. Pas de l'édulcoré qui ne doit pas, surtout pas, faire peur. Il est temps (grand temps) d'ouvrir les yeux. Et ce ne se fera pas en détournant le regard. J'espère qu'au terme de cette traversée je serais devenu un peu meilleure. Nous devrions tous tendre vers ce "un peu mieux", vers un peu plus d'ouverture vers l'Autre, parce qu'un peu plus mène à beaucoup plus. C'est évidemment quelque chose qu'il n'est possible de faire seul(e), même si la décision initiale doit venir de soi, je pense. Si vous avez des conseils de lecture/films à me proposer en regard à ce post, je suis preneuse! Je voudrais juste finir en citant "Americanah", une phrase que j'y ai lu et qu'il est bon de rappeler quand on parle de racisme: "le racisme est lié au pouvoir d'un groupe et en Amérique ce sont les Blancs qui ont ce pouvoir."











