On vous souhaite toute la journée mondiale du bonheur du monde
2005. Alors qu'on se remet toujours difficilement de Tous Ensemble de Johnny Halliday paru trois ans auparavant, arrive sur la France un nuage coloré qui ne s’arrêtera pas à la frontière celui-là, sans doute provoqué par la conjugaison d’un surdosage en Lexomil de l’anticyclone des Açores et les relents de la fumée des pétards des manifestations étudiantes contre la loi Fillon, j’ai nommé Tout le bonheur du monde de Sinsemilia.
Alors non, on ne va pas le nier, on l’a tous fredonné. On a tous été ému en soirée (quand on n’osait pas aller sur le dancefloor pour son propre anniversaire) qu’une fille vienne nous chercher en plantant ses yeux dans les nôtres et en nous souhaitant le plus sincèrement possible “tout le bonheur du monde”, alors que le vrai bonheur ça aurait été de lui rouler une pelle. Maintenant qu’on a admis ça, on peut aussi admettre qu’on l’a détestée cette chanson. D’abord parce que bon, jusque-là on se posait pas la question de ce que c’était le bonheur, et ça nous allait très bien comme ça. Mais une fois qu’on a commencé à se demander ce qu’on voulait de la vie, ça a été le drame.
A la même époque arrivait sur nos téléviseurs, plus tout à fait cathodiques mais pas encore totalement plats, la TNT. Avec elle ses promesses de multiplier le nombre de chaines par trois. Alors on branchait son décodeur en attendant le jour où on les recevrait vraiment. Et là, déception, le jour du lancement on capte plus M6. Ça commence mal. Et puis nous qui voulions des films en cascade on se retrouve avec Direct 8 et ses caméras qui filment les couloirs de la chaîne “oui mais en direct, c’est révolutionnaire!” sur Moonlight Shadow de Mike Oldfield TOUTE LA JOURNÉE. Du coup on est un peu dégoûté. Surtout que toutes les chaines n’émettent pas encore, et qu’à l’époque on se rend pas encore compte du potentiel de BFMTV. Donc on se rabat sur NRJ12. Une chaîne qui passe des clips toute la journée, on n’avait pas connu ça depuis qu’on squattait chez nos cousins qui avaient le câble et qu’on regardait s’enchaîner Blur, Oasis et les Hanson sur MTV.
Sauf que là non. Y’a six clips qui tournent en boucle toute la journée pendant trois mois. Dont le mal nommé “Tout le bonheur du monde”.
Alors on va pas se lancer dans une étude de texte en trois parties, même une seule ce serait vraiment trop. Déjà parce qu’il faudrait réécouter la chanson et que, franchement, c’est bon hein. De mémoire donc, on retiendra l’effort surhumain fait par Sinsemilia pour ne parler ni de la drogue cachée dans les locks de Riké (qui s’appelle en réalité Erik, ben ouais t’as vu on fait pas de rap mais on connait quand même le verlan) ni du dernier sitting pour la paix contre la guerre et tous les méchants pas beaux, assis directement sur le bitume, mais on s’en fout parce que de toute façon nos Sahel ils étaient déjà déchirés avant et qu’on va pas gaspiller de l’eau pour les laver alors qu’ils ont même pas de quoi boire au sarouel. Gros gros effort de la part du groupe. Et puis on peut pas leur reprocher d’être bienveillant, ni même de pas être honnête. Si ça se trouve ils le souhaitent vraiment à tout le monde d’être heureux. Et en fait c’est sûrement ça qui nous faisait le plus flipper.
Depuis ça va mieux. On est sorti du lycée, on est rentré dans la vie active avec des gens qui portent une cravate et on a appris à kiffer BFMTV. Par contre méfiance en zappant sur NRJ12. Apparemment y’a une reprise de Kids United qui circule en ce moment.











