#30jourspourécrire Jour 28
Rattraper le temps
Rattraper le temps...Encore aurait-il fallu l'attraper avant qu'il ne file. Ne pas se brûler les mains en s'accrochant à la corde qui glisse inexorablement et y laisser des fragments de soi, ne pas se desquamer le coeur et l'âme à la rugosité de la vie et des amours. Ce qui est pris n'est plus à prendre, et ce qui est perdu non plus. Rattraper le temps d'absence ou de silence, le temps des amours passées, dans les flots de l'oubli retrouver ton image, réécrire notre histoire sur le sable émouvant. Rattraper le temps comme on glisse sa main sous un filet d'eau pour en éprouver sa fraîcheur, le porter à ses lèvres, étancher une soif imaginaire. Renier ses douleurs, ses larmes et ses mots qui ont rempli le vide de petites lumières salvatrices. Effacer l'ivresse des chagrins qui font tanguer au bord de soi, qui font sortir d'une nouvelle mue pour être plus grande, plus fragile et plus forte à la fois. Se porter à bout de bras vêtue d'autres attentes, d'autres désirs. Rattraper le temps comme on reprise un vieux costume élimé dans lequel on ne finira par ne plus rentrer. Je pourrais aussi bien changer de peau et de visage, effacer les traces et les rides, me resteraient quand même les tourments de ce temps sans toi. Rattraper le temps comme on lève la tête vers le ciel pour goûter les flocons de neige qui fonderont à peine posés sur la bouche. J'ai des trous entre les doigts, le temps coule et s'écoule même si je serre les poings. Autant rester là, là où on est bien, arrêter ce temps qui ne se rattrape pas, fermons les yeux et perdons-le à deux, laissons-le courir sur ta peau, sur la mienne dans nos soupirs et nos caresses. Arrêtons-le dans l'instant volé que l'on s'offre comme un cadeau, comme un baiser dans le cou, comme un frisson qui dure. Te vivre comme une première et une dernière fois, à la lisière du temps qui passe.
















