Discussion avec Carmen Pereiro Numer
À la sortie de El Baile, j’ai voulu interviewer un des danseurs du spectacle. J’ai tenté ma chance et c’est Carmen Pereiro Numer (la seule à parler le français) qui a accepté de répondre à mes questions. Cet échange s’est fait dans la décontraction et la bonne ambiance du pot à la sortie de la première.
Carmen m’a avoué avoir aimé jouer à la MC93, qu’elle avait trouvé le public réceptif à leur œuvre. Elle m’a aussi dit qu’ils s’étaient déjà représentés une quarantaine de fois, et que ça leur avait permis de faire une belle tournée allant de l’Amérique latine jusqu’en Europe. Selon elle la pièce a été mieux accueilli en Europe qu’en Argentine (pays d’origine de la pièce) car, étant donné que Mathilde Monnier n’est pas une locale, le public était plutôt dans une position de rejet, se demandant comment une française pouvait se croire capable de montrer l’argentine aux argentins mieux qu’eux-mêmes. Elle me fit comprendre qu’elle ne partageait pas du tout le même avis, trouvant que Mathilde a su finement capter ce qui fait l’Argentine d’aujourd’hui : ses musiques, ses mouvements, sa culture. Elle a bien insisté sur le fait que même si on aborde des époques désormais dépassées (dictature, les années 90, etc.), ce n’est fait que pour mieux décrire les influences et les aspirations de l’Argentine contemporaine. D’ailleurs elle a fait tout un a parte pour m’expliquer qu’en argentine il y a tout un délire autour des années 90, qu’ils croient que c’est hyper à la mode en occident alors qu’elle a bien vu que non (dit-elle morte de rire). Ainsi le spectacle est un mélange de danses de rue, de danse de salon, de danse de boite de nuit etc.
Je l’ai ensuite questionnée sur la sexualisation des corps et l’importance accordée aux corps dans ce spectacle. Dès que j’ai prononcé le mot sexualisation j’ai eu droit à une réponse étonnée et amusée.
Elle m’a dit qu’elle ne trouvait pas que les corps étaient si sexualisés que ça et que au contraire elle trouvait qu’ils l’étaient moins sur scène que là où ces danses se pratiquent habituellement. Elle m’a raconté qu’au début elle ne s’en rendait pas compte mais qu’elle l’a quand même remarqué que les corps étaient centraux dans l’œuvre la première fois qu’elle a vu le spectacle en tant que spectatrice. Pour elle, c’est peut-être aussi quelque chose de culturel (ça veut dire que les européens, on serait coincés ?)
Je lui ai ensuite demandé quelles avaient été ses salles préférées en Europe. Elle m’expliqua alors d’un air sérieux que c’étaient les salles dans lesquelles on était habitué à voir de la danse contemporaine qui les ont le plus mal accueilli. Ils avaient tendance juger le spectacle avec un regard hautin et une certaine froideur : ils les prenaient de haut. Alors que, toujours d’après elle, dans les salles périphériques telles que celle de la MC93 on n’observai pas avec un prisme, on était plus attentifs.
C’est alors Qu’on a été rejoints par Lucas Lagomarsino, un autre des danseurs d’El Baile. Après de brèves présentations il m’a confirmé que lui aussi avait trouvé les salles « bourgeoises » froides (mimiques à l’appui) mais qu’ils avaient été bien accueillis à la MC93 (et je n’embellis même pas le propos), le tout dit en espagnol. Ils ont ensuite invité en regardant la caméra tous ceux qui le voulaient à aller voir leur spectacle et de venir à la MC. C’est sur ces belles paroles que je les ai laissé aller retrouver leurs amis.
Oumar













