Charles H. Richert: Wilton Bridge, 1925
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Charles H. Richert: Wilton Bridge, 1925
Carole Richert, Camille Claris, Benjamin Gaitet, Laurent Bateau, Éric Savin, Cécile Rebboah et Déborah Dozoul dans "La Fulgurée" de Didier Bivel, mai 2024.
Éric Savin, Camille Claris, Pierre Perrier et Carole Richert dans "La Fulgurée" de Didier Bivel, mai 2024.
http://www.ustream.tv/channel/YWACHUUS4Gm
(TV CCEM RCI)
Alea jacta est
Eh oui c’est par ce bon vieux morceau de rock binaire que nous souhaitions introduire ce nouveau billet, justement parce qu’il est binaire alors que le 6 décembre a sans doute définitivement achevé le système du bipartisme à la française (oui c’est tiré par les cheveux, on vous l’accorde), surtout en fait à cause du titre, vous allez comprendre...
Dimanche soir 20h ce fut la nouvelle (l’énième?) expression d’un petit séisme politique, avec le score important des gars de la Marine. Victoire d’un parti anti-système, enfin auto-proclamé comme tel, qui n’est en fait que l’expression ultime du système dans lequel nous évoluons. Un système qui prône l’explosion des solidarités de groupes qui prévalaient jusqu’alors, qui place l’individu seul face à un ensemble toujours plus déstructuré. Comme dans le monde du travail où l’auto-entrepreneur (sans aucun droit social) est devenu l’employé rêvé pour bon nombre de patrons. Comme pour les chômeurs également qui sont devenus en quelques années des feignasses qui ne veulent pas bosser, des chômeurs qui doivent devenir des acteurs de leur réinsertion (autrement dit s’ils ne trouvent pas de boulot c’est de leur faute). Bref, une société en déliquescence où l’on croit à tort que les classes n’existent plus et où l’on préfère monter les pauvres contre les plus pauvres qu’eux... Dans ce contexte mortifère, il n’est guère surprenant que certains se sentant seuls contre tous, partent à la recherche de repères, d’une grille de lecture du monde qui les entoure. Ce que propose le FN, qui en appelle depuis des années à une communauté “nationale” idéalisée, une communauté nationale dont les contours sont pour le moins flous et varient en fonction de l’endroit où l’on évoque. Pour appartenir à ce groupe, mieux vaut se penser blanc, européen (au mieux), chrétien, c’est en tout cas ce que nous raconte Marine et Marion, Marion poussant même le vice jusqu’à dire que la civilisation chrétienne serait supérieure à celle du monde musulman (oubliant bien sûr les origines communes de ces deux “mondes” mais bref). On est bien loin de ce qu’Ernest Renan évoquait :
« Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. »
« L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation. »
Qu’est-ce qu’une nation ? Ernest Renan 1882
Autre contradiction de ce parti anti-système, le fait d’être dirigé par des purs produits de ce système tant décrié (aux mains d’élites corrompues et tout le toutim), issus de la bourgeoisie élevée dans les beaux quartiers parisiens ou ayant fréquenté les plus grandes écoles de la République (République qui doit l’avoir mauvaise du coup). Comment prétendre représenter des classes populaires, des personnes parfois en grandes difficultés socio-économiques, sans jamais les avoir côtoyé ? Bien sûr ces mêmes personnes ont au moins l’intelligence de savoir s’entourer de 2/3 oubliés pour faire couleur locale. Et s’ils ont du mal à s’exprimer correctement et surtout s’ils ne connaissent rien à leur sujet c’est tant mieux. Ben oui, car comme Morano qui pense que pour faire popu il faut parler comme une poissonnière, au FN on a ce même mépris de classe envers ceux à qui on demande un vote.
Des élites donc avec les pires comportements politiciens tant décriés par ailleurs, qui vient à Paris et se font parachuter, qui dans le Nord, qui dans l’Est, qui dans le Sud, des élites qui cumulent les mandats (et bien sûr les indemnités qui vont avec) en nombre et dans le temps, des élites qui montent des combines financières avec leur parti et micro-parti (cf. Jeanne et Riwal), des élites, qui en famille (papi, fille et conjoint, petite fille) vont à la pêche aux mandats.
Oui Flo’ est énarque, oui il vit à Paris et ne connaît rien de la détresse des habitants du Grand Est , de leurs solidarités détricotées, du sentiment d’abandon et d’inutilité (quand avant sortaient des usines et mines lorraines des produits qui faisaient fonctionner toute l’industrie française), oui il cumule les mandats sans jamais s’y investir franchement (regardez ces présences au conseil municipal de Forbach ou la qualité de son travail parlementaire) sauf si d’aventure il y a une caméra présente (de BFMTV si possible).
Non son élection ne changera rien à la vie quotidienne des habitants du Grand Est, enfin du moins sur les sujets sur lesquels il fait campagne. Un président de région ne pourra pas fermer les frontières, interdire la construction de mosquées, baisser des impôts, embaucher des policiers,... Non, il ne sera pas le garant d’un quelconque progrès commun puisqu’il ne cherche qu’à détricoter encore un peu plus la société telle que nous la connaissons. On connaît trop le programme du FN qui fleure bon la rancitude (oui nous nous ségolinisons, ça vous gêne ?) et ses incidences sur les subventions aux associations, à la culture, des investissements en berne,....
En ce mercredi 9 décembre, quelles alternatives s’offrent à nous, au lendemain de dépôt des listes pour le second tour ?
Voter UMP LR ? Sous quel prétexte ? Celui du moins pire ? Pour des élus qui une fois au pouvoir auront oublié qui a voté pour eux ? Pour des élus qui n’auraient jamais appelé à voter à gauche dans le cas inverse ?
Pour ne pas laisser les clefs d’une régions au FN, un parti qui ne saura quoi en faire (vous avez vu leur “programme” ???) ? Pour ne pas se donner à un homme qui ne cherche qu’à se servir de ce territoire pour sa carrière personnelle ? Pourquoi pas...
Voter PS ? Pour quelle raison ? Avoir 5-10 élus dans la prochaine assemblée et faire de la figuration ? Pour ne pas mourir et disparaitre totalement du paysage pendant 6 ans ?
Pour commencer enfin à se renouveler de l’intérieur et à proposer un projet novateur aux habitants ? Pour être demain une réelle alternative avec des positions bien tranchées ? Pourquoi pas...
Voter Blanc ? C’est également une option, qui a en tout cas plus nos faveurs que celle de rester à la maison, même si, avouons-le, c’est plus sympa de rester à la maison faire des spritz (non Florian, un spritz ce n’est pas un cocktail à base d’Apérol vendu 15€ pièce dans ton bar favori du boulevard St Germain, mais plutôt un délicieux sablé typique des fêtes de fin d’année) un dimanche avant Noël que d’aller au bureau de vote
Nous n’avons jamais eu pour habitude de donner des consignes de vote (même si des fois avouons-le, on n’en était pas loin). Notre choix est fait mais il est inutile de le partager. Dimanche, le plus important sera de ne pas se résigner, de faire un choix en son âme et conscience, ne pas s’en foutre quoi et surtout de commencer une bonne fois pour toute à préparer la suite.
Car oui, le FN est l’un des seuls partis qui fait encore de la politique aujourd’hui, un parti avec des idées simplistes certes, quand tant d’autres partis de gouvernement, sans doute usés par l’exercice du pouvoir et ses nécessaires accommodations, n’ont plus qu’à la bouche un langage de techniciens, inaudible quand la situation est elle plus que difficile pour une partie toujours plus grande de la population.
Ce combat se gagnera certainement en recommençant, ainsi par la base et la reconquête (argumentée contrairement à celle du FN) des esprits et par des moyens basiques. Souvenez-vous, vous êtes nécessairement passés devant une affiche déchirée du FN collée la nuit sur un pilier de bretelle autoroutière :
(Image tirée du site du JDD)
Bon pas la peine de courir chez Casto acheter de la colle et des pinceaux, vous avez bien compris l’esprit de la démarche, bande de coquinous. Recommencer par la base, avec ou sans les partis existants, mais avancer, créer, innover, ne pas se laisser enfermer dans un clivage progressistes/réactionnaires, rassembler, faire de la pédagogie au quotidien. Ne pas se résoudre à un fatalisme étouffant.