Riff Tabaracci s’entretient avec Toast Dawg (DJ Naes), dans les toilettes du bar l’Inspecteur Épingle, lors du lancement de Brazivilain, son plus récent EP instrumental.
Toast Dawg, beatmaker des défunts groupes Traumaturges, Atach Tatuq et Payz Play, nous livrait vendredi dernier Brazivilain, son deuxième EP instrumental, faisant suite à The Love Loop paru l'année dernière.
Brazavilain est un mélange d'échantillonnages de musique brésilienne et de sonorités Piu Piu d'inspiration montréalaise. Le EP, sorti en association avec le site MusicIsMySanctuary, est disponible en format numérique et en vinyle (édition limitée).
Une version remixée avec des rappeurs québécois est à venir dans les prochains mois.
Maybe Watson aka Dreak : un lancement-causerie sympatico-lustré
Une grande partie des nouveaux génies du rap québécois étaient présents au Barraca mardi dernier pour le lancement du nouveau EP de Watson. D'autres, comme moi, étaient tout simplement là pour regarder de plus près le buste notoire de Sabrina Sabotage aux platines. Tout de même, j'en ai profité pour m'entretenir avec le nouveau Drake québécois, au gré de mes pérégrinations nocturnes de castor sympatico-lustré.
Le rappeur Monk.E est en constante réflexion. Album après album, il remet en question la société et – par la bande – ses croyances, ses pensées, sa musique.
Pour son troisième album – Destin et Beyond, qui paraîtra le 18 octobre prochain – Monk.E a fait appel à KenLo d’Alaclair Ensemble pour la création des beats. « C’est mon album le plus abstrait au niveau du contenu, indique le rappeur. Je me suis vraiment laissé aller à tous les niveaux vu que KenLo est de ce type-là aussi. »
Sur une musique parfois soul et jazzy, parfois plus électro et expérimentale, Monk.E pose son flow et se tient loin des standards pop. « La plupart des chansons n’ont pas de refrain, ni d’intro, explique-t-il. Elles s’enchaînent toutes une après l’autre comme à l’époque des mixtapes. »
Au cours des 17 chansons, l’artiste expose une suite d’idées et plonge dans un parcours introspectif. « C’est un melting pot de mes réflexions des trois dernières années. Je parle de politique, de spiritualité, de hip-hop, mais aussi des relations hommes femmes. »
La chanson d’amour Voir ton soul – premier extrait de l’album, en duo avec la chanteuse latino-montréalaise Sola – nous dévoile un Monk.E proche de ses sentiments. « C’est issu d’une réflexion que j’ai faite sur le hip-hop, raconte-t-il. C’est un milieu souvent considéré misogyne où on est amené à faire des spectacles devant un public composé en grande majorité par des hommes. Je voulais aller chercher un public plus féminin avec cette chanson-là. Et ça fonctionne, j’ai vu des femmes chanter les paroles dans un spectacle. »
Des liens avec les cultures
Autre nouveau public pour Monk.E : les anglophones. Sur Destin et Beyond, quatre des cinq artistes invités rappent en anglais, soit UrbN LogiX, CeasRock, OneNes et Markings.
De plus, l’artiste est allé représenter le Canada à la finale mondiale du concours d’improvisation hip-hop End of the Weak le 31 août dernier à New York. « C’était très intimidant au début de rapper devant des gens qui ne comprennent pas ta langue, avoue-t-il. Mais après avoir brisé la glace, c’était incroyable. Il y avait six ou sept langues de représentées sur scène. On communiquait avec le public grâce à notre flow et notre présence sur le stage. »
Dans cette optique de rapprochement avec les autres cultures, le rappeur commencera la tournée de promotion de son album au Mexique, où il restera pendant deux mois. « Ça fait longtemps qu’on me réclame là-bas, dit-il. J’ai fait une chanson avec Boogat et Lengualerta (3 Lil’ Birds ) qui a eu beaucoup de radio plays là-bas. La scène graffiti m’invite depuis longtemps également. »
Graffiteur émérite de la scène montréalaise, Monk.E a vu sa vision du graffiti – tout comme celle de sa musique – changer au courant des dernières années. « Ma vision a grandi. Ce qui ne change pas meurt, et moi j’ai changé pour le mieux. Je fais des murales pour rehausser la beauté de la ville. Je veux forcer le Montréalais à l’introspection. »
En janvier dernier, l’artiste multidisciplinaire organisait une exposition au Sino Shop à Montréal. Les 17 toiles qu’il a créées ont un lien direct avec les 17 chansons du nouvel album. « Elles représentent le même état d’esprit, dit-il. Elles ont été faites dans un court laps de temps après l’enregistrement, et elles ont toutes une gamme de couleur semblable. »
Lors du lancement du 18 octobre prochain, les quatre toiles qui n’ont pas encore été vendues seront exposées aux Bobards à Montréal. Ce sera la dernière occasion de voir Monk.E avant son départ au Mexique et – même – avant le lancement d’un autre de ses projets : celui du K6A.
Formé de 22 membres (dont Maybe Watson, KenLo, FiligraNn, 7D, Jam et P-Dox), le collectif lancera un premier album très attendu en novembre après avoir multiplié les mixtapes dans les 10 dernières années. « Malheureusement, je ne crois pas que je vais être là, prévient Monk.E. Je suis un des quatre membres fondateurs et, avec les années, j’ai appris à déléguer certaines responsabilités. Je ne peux pas être partout. »
Il projette de lancer un 4e album solo dès le printemps 2013, en plus d’être déjà dans l’écriture d’un 5e. « Je vais privilégier une formule plus simple que Destin et Beyond, prévoit le rappeur. Peut-être plus de refrains. »
Le rappeur Manu Militari n’a pas la langue dans sa poche. On l’a constaté cet été avec la controverse autour du vidéoclip de la chanson L’attente, qui ne se retrouve finalement pas sur son troisième album, Marée humaine, paru le 11 septembre dernier. Entrevue «voix de fait» avec le rappeur qui remet les pendules à l’heure.
BRBR : Dans le vidéoclip de L’attente, tu mets en scène un insurgé pachtoune qui fait sauter un char de l’armée canadienne. En juin dernier, le ministre du Patrimoine James Moore est monté aux barricades en qualifiant l’œuvre de « protalibane », voire de « terroriste ». Ta voix de fait sur cette controverse ?
Manu Militari: C’est comme si tu préparais un plat que tu aimes beaucoup. Tu es fier de présenter ce que tu as fait, mais, en le sortant du four, tu te rends compte que c’est chaud pour tes doigts. Tu réfléchis pas trop et tu enlèves tes mains de là. C’est comme ça que je l’ai vécu. C’est une chanson que j’aime, un des textes les plus réussis de ma carrière. Je ne veux pas vivre dans le regret, c’est du passé, mais j’aurais voulu que la chanson soit sur l’album.
BRBR: Ta voix de fait sur la réaction de certains fans qui ont critiqué ton geste ?
M. M.: Je ne suis pas Jésus. Je fais mon travail, je prépare mon plat. Si, toi, tu veux que je garde mes doigts dessus et que je me brule, tu n’as aucun respect pour moi. Tu veux que je fasse quoi aussi, que je brule mon visage et mes pieds ? Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui ne savent pas de quoi ils parlent. Ils ont vu un ou deux liens sur Internet, c’est tout.
BRBR : Ta voix de fait sur l’élection majoritaire du Parti Conservateur du Canada ?
M. M.: J’y ai gouté personnellement. Si ça n’avait pas été d’eux au pouvoir, ça aurait été différent. D’ailleurs, ce qui m’a le plus dérangé, c’est que des gens de ce parti ont eux-mêmes, dans les années 1980, envoyer les Moudjahidins du monde se battre en Afghanistan contre les Soviétiques. Ils ont encouragé des extrémistes. Ils ont du sang sur les mains, et ils m’accusent, moi, d’être protaliban alors que je suis projustice. Ils m’accusent d’être anticanadien, alors que je me considère comme un humaniste.. Je ne peux pas souhaiter la mort de soldats canadiens. Je suis contre tout ça. Je sais que je suis dans l’utopie, mais je suis un artiste, je peux me le permettre. Je n’ai pas à gérer de pays et je ne voudrais pas être un politicien. C’est un job qui est infaisable et invivable. Mais quand il y a de la mauvaise foi et de l’hypocrisie à l’encontre d’un artiste, ce n’est pas très glorieux.
BRBR : Tu étais en Égypte lors du Printemps arabe en 2011. Ta voix de fait sur ces révoltes ?
M. M. : C’est un premier pas. J’ai vécu la chose de deux façons. Premièrement, j’ai vécu l’émerveillement. C’est un des épisodes de ma vie qui m’a le plus marqué. Deuxièmement, j’ai vécu la désillusion des gens quand je suis rentré ici. On vit dans notre routine, on se dit que rien ne va changer. On ne vote pas, on ne fait rien, on se désintéresse complètement de tout parce qu’on ne croit plus en rien. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a des gens qui sont morts pour qu’on puisse vivre mieux. Et là-bas, ils n’ont pas le luxe de pouvoir être désillusionnés. Ils sont obligés de se battre parce que s’ils n’y croient pas, ils meurent de faim. Encore aujourd’hui, je me dis qu’on n’a pas le droit d’être désillusionné. Ceux qui ont pris le relais de la révolution en Égypte, ce n’est pas ceux qui étaient en première ligne lors des premières journées. Les premiers qui étaient là, ceux qui ont risqué leur vie, sont allés en prison, et certains y sont encore. Mais bon, je pense que c’est un premier pas. Je leur souhaite tout le meilleur du monde. Ça ne peut pas toujours aller en se dégradant.