Top 3 des sorties hip-hop canadiennes de la première moitié de l’automne
# 3 : Loe Pesci – Expensive Heat vol. 1
Loe Pesci n’a plus de preuves à faire dans le rap game canadien. Avec ses battles rap dans la ligue canadienne King Of The Dots et l’américaine Grind Time, il a prouvé son talent et développé son attitude de rappeur arrogant.
Loe est tellement certain de son talent qu’il se permet d’emprunter des beats au producteur américain notoire The Alchemist - qui a signé plusieurs musiques de Mobb Deep, Curren$y et Eminem, entre autres. Tirés de Rapper’s Best Friend part 1 et part 2, les beats qu’utilise Pesci sont très mélodieux et regorgent de samples soul (I’m Just Sayin’) et pop/rock 80s (Vac Bags). Le tout se tient loin du vibe électro à la mode ces derniers temps.
Beaucoup de collaborations viennent ponctuer le mixtape. Seules deux des sept chansons mettent en vedette uniquement Pesci. Sur Space Jam Monsters, les Montréalais CeasRock et Borden font valoir leur talent. Chacun des emcees y montre son style de flow. « I'mma do what I have to do though / Hail Ceaser, nail beaver, sell reefer », rappe CeasRock dans un style qui privilégie la sonorité des mots aux phrases complètes.
Dans la même veine, les seuls francophones à être invités sur l’album, Lary Kidd et A-Justice (de Loud, Lary, Ajust), livrent une collaboration décontractée sur Pyrex Fondue. « Chu le next lev’ fuckers, extra bacon sur le Egg Mcmuffin », rappe Lary. Mais c’est Loes qui présente le meilleur couplet avec la désormais célèbre quote : « Tu vas voir des chiennes chier pour ses dogs comme Michèle Richard. »
Monk.E connaît probablement sa meilleure année artistique. En plus d’avoir été le représentant canadien à la finale mondiale d’End of the Weak – joute d’improvisation hip-hop –, il a fait paraître son troisième et meilleur album à ce jour, Destin et Beyond.
Sur des beats néo-soul électro de KenLo (Alaclair Ensemble, K6A), Monk.E livre sa poésie imagée, ses réflexions spirituelles et politiques. Millenium-Hop critique les dogmes établis de la société occidentale. « Sais-tu vraiment ce qu’est un certificat de naissance? C’est un contrat avec la nation qui te représente. En quelques sortes sa présence est une offre alléchante ou plutôt des menottes auxquelles tu portes allégeance », rappe avec urgence Monk.E.
Il s’aventure également sur des thématiques moins explorées dans sa carrière. Le premier extrait Voir ton soul traite des relations homme-femme. « Merci chérie, tu guéris mes plaies. C’est vrai que tu me soignes », dit-il avec un flow calme.
Par-dessus tout, l’album épate par sa structure atypique et l’originalité de la démarche du rappeur. Monk.E refuse de se plier aux standards hip-hop et propose 17 chansons bien fignolées qui s’enchaînent les unes aux autres. Le résultat fascinant prouve qu’un tout est toujours plus important que la somme de ses parties.
# 1 : High-Klassified – Flexury
Le Lavallois High-Klassified est membre du collectif Alaiz qui regroupe une vingtaine de beatmakers/rappeurs d’ici dont Kaytranada, J.U.D. et Green Hypnotic. Quelques-uns d’entre eux se sont fait connaître dans les Art Beat – événements mensuels où des beatmakers se regroupent pour improviser entre eux. High-Klassified en fait partie.
Il présente son projet instrumental Flexury, une des productions hip-hop les plus intéressantes de l’année au Canada. À l’instar de Purity Ring, le producteur privilégie une instrumentation semblable à chaque chanson : des grosses basses lourdes et des rythmes lents qui cognent fort.
Côté mélodique, Grunty et Majie sont des œuvres sombres, à la limite terrifiantes, parfaites pour l’ambiance halloweenesque escomptée. Elixiroffre une mélodie plus vaporeuse, presque rêveuse. London Flexin’ flirte avec l’euro-pop, tandis que Luxury est plus jazzy et intègre avec parcimonie des séquences de cuivres.
Le rappeur Monk.E est en constante réflexion. Album après album, il remet en question la société et – par la bande – ses croyances, ses pensées, sa musique.
Pour son troisième album – Destin et Beyond, qui paraîtra le 18 octobre prochain – Monk.E a fait appel à KenLo d’Alaclair Ensemble pour la création des beats. « C’est mon album le plus abstrait au niveau du contenu, indique le rappeur. Je me suis vraiment laissé aller à tous les niveaux vu que KenLo est de ce type-là aussi. »
Sur une musique parfois soul et jazzy, parfois plus électro et expérimentale, Monk.E pose son flow et se tient loin des standards pop. « La plupart des chansons n’ont pas de refrain, ni d’intro, explique-t-il. Elles s’enchaînent toutes une après l’autre comme à l’époque des mixtapes. »
Au cours des 17 chansons, l’artiste expose une suite d’idées et plonge dans un parcours introspectif. « C’est un melting pot de mes réflexions des trois dernières années. Je parle de politique, de spiritualité, de hip-hop, mais aussi des relations hommes femmes. »
La chanson d’amour Voir ton soul – premier extrait de l’album, en duo avec la chanteuse latino-montréalaise Sola – nous dévoile un Monk.E proche de ses sentiments. « C’est issu d’une réflexion que j’ai faite sur le hip-hop, raconte-t-il. C’est un milieu souvent considéré misogyne où on est amené à faire des spectacles devant un public composé en grande majorité par des hommes. Je voulais aller chercher un public plus féminin avec cette chanson-là. Et ça fonctionne, j’ai vu des femmes chanter les paroles dans un spectacle. »
Des liens avec les cultures
Autre nouveau public pour Monk.E : les anglophones. Sur Destin et Beyond, quatre des cinq artistes invités rappent en anglais, soit UrbN LogiX, CeasRock, OneNes et Markings.
De plus, l’artiste est allé représenter le Canada à la finale mondiale du concours d’improvisation hip-hop End of the Weak le 31 août dernier à New York. « C’était très intimidant au début de rapper devant des gens qui ne comprennent pas ta langue, avoue-t-il. Mais après avoir brisé la glace, c’était incroyable. Il y avait six ou sept langues de représentées sur scène. On communiquait avec le public grâce à notre flow et notre présence sur le stage. »
Dans cette optique de rapprochement avec les autres cultures, le rappeur commencera la tournée de promotion de son album au Mexique, où il restera pendant deux mois. « Ça fait longtemps qu’on me réclame là-bas, dit-il. J’ai fait une chanson avec Boogat et Lengualerta (3 Lil’ Birds ) qui a eu beaucoup de radio plays là-bas. La scène graffiti m’invite depuis longtemps également. »
Graffiteur émérite de la scène montréalaise, Monk.E a vu sa vision du graffiti – tout comme celle de sa musique – changer au courant des dernières années. « Ma vision a grandi. Ce qui ne change pas meurt, et moi j’ai changé pour le mieux. Je fais des murales pour rehausser la beauté de la ville. Je veux forcer le Montréalais à l’introspection. »
En janvier dernier, l’artiste multidisciplinaire organisait une exposition au Sino Shop à Montréal. Les 17 toiles qu’il a créées ont un lien direct avec les 17 chansons du nouvel album. « Elles représentent le même état d’esprit, dit-il. Elles ont été faites dans un court laps de temps après l’enregistrement, et elles ont toutes une gamme de couleur semblable. »
Lors du lancement du 18 octobre prochain, les quatre toiles qui n’ont pas encore été vendues seront exposées aux Bobards à Montréal. Ce sera la dernière occasion de voir Monk.E avant son départ au Mexique et – même – avant le lancement d’un autre de ses projets : celui du K6A.
Formé de 22 membres (dont Maybe Watson, KenLo, FiligraNn, 7D, Jam et P-Dox), le collectif lancera un premier album très attendu en novembre après avoir multiplié les mixtapes dans les 10 dernières années. « Malheureusement, je ne crois pas que je vais être là, prévient Monk.E. Je suis un des quatre membres fondateurs et, avec les années, j’ai appris à déléguer certaines responsabilités. Je ne peux pas être partout. »
Il projette de lancer un 4e album solo dès le printemps 2013, en plus d’être déjà dans l’écriture d’un 5e. « Je vais privilégier une formule plus simple que Destin et Beyond, prévoit le rappeur. Peut-être plus de refrains. »