Outre le support inconditionnel et incommensurable que les mouvements de supporteurs ont su prodiguer au football au fil du 20ème siècle, ces marginaux ont réussi à implanter une contreculture footballistique qui, avec le temps, s’est mutée et diversifiée. Non seulement ils ont donné la possibilité à plusieurs générations de voir le football sous un tout autre angle, mais ces partisans à la passion sans fin ont également permis aux artistes et aux intellectuels de notre société de s’intéresser à ce phénomène et du même coup à sa culture et au sport que ces gens prisent tant.
Percevant un côté romancé, un esthétisme subtile dans le jeu lui-même, une beauté transcendante dans l’environnement des stades, un sentiment frissonnant dans l’amour que les supporteurs portent au ballon rond, ces esthètes, regroupés le plus souvent en collectifs, se sont ainsi bâtis des clubs qui ont comme but de jouer, s’amuser et surtout de créer. Le précurseur qu’est le Chinatown Soccer Club en est l’exemple parfait, ayant par le fait même émulé des équipes aux idées similaires telles les Ringleaders, formation montréalaise, ou encore Soho Warriors FC, équipe britannique. On joue, on s’amuse en mêlant art et football, tout en y faisant des rencontres enrichissantes qui ne font que d’exacerber le style de chacun.
Ces types de clubs ont ainsi joué un rôle important dans la propagation des marques indépendantes issues de la contreculture footballistique à inventer des chaînes de vêtements et autres produits dérivés qui prennent leurs racines dans l’histoire, dans les légendes, dans les éclats de génie que le foot nous fait vivre et revivre. Les instants qui vous estomaquent et qui vous laissent emplis de magnificence. La marque 3nil, fondé par un graphiste passionné de foot, ainsi que Live Breathe Futbol, créé à partir des mêmes bases, sont tous deux des sites qui font d’abord et avant tout dans la subtilité, dans le détail implicite qui raconte tout d’un moment ou de la particularité unique d’un but, d’une passe, d’un geste ou d’une citation. Leurs produits sont le résultat d’un processus de création – celui-ci ancré dans la légende d’un joueur ou d’une idée venant de l’histoire footballistique - dont l’importance se vaut dans le processus de création de l’objet en soi. Et c’est probablement à ça que l’art s’identifie : l’émotion transmise dans, par exemple, le coup de pinceau qui est aussi, voire plus important que le résultat de la trace laissée sur la toile elle-même.
C’est l’instant du moment, c’est la présence émotionnelle de l’histoire et c’est l’idée dernière l’entité du concept qui leur importe… soit ce que les premiers skinheads et premiers ultras avaient certainement en tête lorsqu’ils ont décidé de lancer des chants impromptus autour d’une foule trop passive à leur goût.