Prêche sur une ombre de légume (bis)
Marc 4,30-32
À quoi comparerons-nous le royaume de Dieu ou par quelle parabole le représenterons-nous ? Il est semblable à un grain de moutarde sauvage qui, lorsqu’il est semé en terre, est la plus petite de toutes les semences qui sont sur la terre et, lorsqu’il est semé, il s’élève et devient le plus grand des légumes et lui poussent des grandes branches en sorte qu’il est donné d’être possible à tous les oiseaux du ciel de se blottir sous son ombre.
Prêche
Vous le savez ; Jésus a souvent parlé en paraboles. Comment pouvons-nous définir ce qu’est une parabole ?
Nous allons jouer sur les mots. Dans celui de « parabole », nous pouvons entendre « obole » qui est un terme un peu désuet que nous n’utilisons pas tous les jours. Une obole est une petite pièce d’argent, jetée dans la main d’un pauvre qui a besoin de se nourrir et de vivre. Aussi, allons nous dire qu’une parabole est une petite histoire jetée dans nos oreilles de pauvreté, nos oreilles qui ont besoin de se nourrir de la parole de Dieu et de vivre pour sa gloire.
Bien sûr, la vie et le bonheur de Dieu, nous ne savons pas ce que c’est. Tout au plus en percevons-nous en percevons quelques lointains échos. Notre petitesse, notre pauvreté en bonheur nous rend impossible l’accès à la grandeur de Dieu, trop haut tel un arbre majestueux.
Alors que faire ? Nous ne pouvons pas faire grand’chose si ce n’est, peut-être, comparer avec ce que nous pouvons. C’est ce que fait l’évangéliste Marc. Il ne compare qu’une seule fois. La vie de Dieu, le bonheur, le royaume, c’est comme… Examinons ce que nous dit l’évangéliste. Marc nous dit la chose suivante. Il nous rappelle que nous sommes des pauvres qui ont quelques graines, quelques graines inconnues ramassées de la terre.
Pouvons-nous identifier ce qu’il y a au fond de notre poche ? Ceci ne nous est pas donné. Il faut jeter une histoire, jeter une parabole, jeter une obole, jeter une graine sauvage ; puis, nous verrons bien. Qu’y a-t-il à voir ? Rien précisément. Nous ne sommes pas même sûrs que la petite semence soit un grain de blé. Ce serait pratique si c’était un grain de blé parce que le grain de blé donnera un épi ; l’épi donnera un champ à moissonner, le champ à moissonner donnera du grain à moudre ; le grain à moudre donnera de la farine ; la farine donnera de la pâte à pain ; la pâte à pain donnera ce pain bien doré qui sort du four et que nous rompons comme le Christ nous a demandé de le faire…
Une graine de légume ou de potager aurait été pratique parce que le pain et les légumes constituent une alimentation saine. Seulement voilà, la graine au fond de notre poche n’est pas du blé. Ce n’est pas même une graine de potager. Et bien non, la graine qui n’est pas du blé et qui ne donnera pas naissance à de délicieux légumes est une graine sauvage qui donnera une sorte d’herbe aromatique. Autrement dit, la graine du fond de notre poche donnera des herbes d’arômes qui sont un luxe dans la cuisine ; il ne s’agit pas d’un aliment de première nécessité ; nous avons dans notre poche une graine de moutarde sauvage qui pousse en dehors du potager. Et Jésus nous dit, de manière un peu mystérieuse, que la graine de moutarde devient un légume, un genre de salade, d’épinards, de plante potagère indéterminée.
Dans l’Épître aux Romains, Paul évoque un plat de légumes, une sorte de soupe d’épinards, ce que nous pourrions appelé « un légume pour les faibles. Le faible, celui qui est mal dans sa peau ou mal dans son corps, le faible doit manger. Il mange des légumes comme celui de la parabole de Marc, comme la petite graine du royaume.
Que nous raconte la parabole ? La parabole de Marc nous dit que le légume des faibles, c’est le royaume : une herbe sauvage pour faire de la soupe à ceux qui sont mal, ceux qui ne vont pas bien.
La graine de moutarde sauvage n’est pas cultivable. Elle pousse seule au hasard des sentiers et des champs, à l’extérieur. Le légume est pour les faibles, ceux à l’extérieur de notre société. Nous ne pouvons pas maîtriser ; ceci nous dépasse.
La graine de moutarde sauvage de la parabole devient un légume de potager. Et la parabole ne s’arrête pas là. Au légume de potage, herbe folle, lui poussent des branches de cèdre. S’ils étaient en Alsace, ils raconteraient de greffer des branches de sapins sur une botte de fanes de carottes. Ceci nous semble absurde. Oui, c’est absurde mais l’incohérence doit être gardée en sa plus grande radicalité ; la plus petite des graines n’a pas une telle capacité. Et, pourtant, la plante d’herbe sauvage, petit rien du tout, se retrouve avec des branches greffées de cèdre, c’est-à-dire un arbre immense, majestueux. L’arbre est aussi immense que paraît minuscule la graine qui n’a rien à faire dans le potager. Les branches tiennent donc sur l’herbe folle. Les oiseaux se posent sous l’ombre, dans les branches.
Les oiseaux de la parabole reposent ainsi dans des branches qui, elles, ne reposent sur rien de solide ni de ferme si ce n’est sur l’assurance du royaume.
Qu’est-ce que le royaume de Dieu ? Le royaume de Dieu, c’est comme cette assurance de ce que Dieu me donne de reposer mon corps dans l’ombre de la mort, en sécurité. Je peux me blottir vivant en sécurité dans le royaume. Comment ? Nous ne savons pas ; c’est pourquoi nous pouvons laisser notre imagination errer dans les feuilles d’un potager de jardin. Pensez-y lorsque vous retournerez, cette semaine, dans votre jardin si vous en avez un. Laisser errer son imagination dans les feuilles d’un potager de jardin… pensez-y : seul, Dieu a la puissance de nous laisser vivants dans son royaume, la graine de moutarde n’étant qu’un pâle reflet insignifiant de sa gloire où il nous veut vivants.
Amen.










