Dans la valise des vacances
- j’ai vu 2 biches et 5 buses ! Dit-elle à son fils qui se réveillait à peine. Pas de réponse.
La route faisait partie intégrante des vacances selon elle. C’est l’une des choses qu’elle adorait. Assise sur le siège passager, elle refusait catégoriquement de dormir pour tenir compagnie au conducteur. Pourtant il y avait maintenant plusieurs trajets estivaux qu’elle n’était plus de bonne compagnie. Elle passait finalement toute la route sans mots dire, laissant son esprit s’évader et ses pensées aussi. Elle songeait à tout autre chose et observait l’horizon en quête d’animaux. La plupart du temps elle apercevait une biche ou un chevreuil mais lorsque la chance lui souriait elle pouvait voir une famille entière, avec le jeune faon tapi dans les herbes dans un paysage rose orangé propre à l’aurore.
L’aube est belle quand on descend vers le sud, le ciel se pare de ses plus belles couleurs, celles-la même qui enchantent, réchauffent, et le soleil, quoiqu’encore faible, est pourtant éblouissant.
Ça la ramenait loin en arrière, lorsque petite, son père scrutait l’horizon pour elle et lui parlait des animaux. Sa voix s’éloignait soudain jusqu’à ne plus l’entendre. Lorsqu’elle se réveillait à nouveau, il faisait le compte des animaux sauvages qu’il avait vu pendant son « absence ».
Plus tard, jeune adulte, elle avait connu un homme qui avait compté pour elle. Il avait été une parenthèse champêtre dans sa vie de citadine. Il vivait dans une dépendance de la ferme familiale. Une magnifique maison normande, faite de pierres, comme elle les affectionne. La vie était douce, et les nuits aussi. Parfois certaines plus mouvementées que d’autres, lorsqu’une jument décidait de pouliner tôt le matin et qu’ils finissaient la nuit avec jument et poulin dans la paille.
Ainsi pour rejoindre leur nid, il leur fallait prendre une portion d’autoroute, pas longue mais suffisamment pour comptabiliser les rapaces en quête de mulots, souris et autres rongeurs, le long de la route. Il lui avait appris à les identifier sur les piquets, fiers et aux aguets, solidement campés sur leurs serres, les ailes contre leur corps, superbes, presque théâtraux. En vol, ils planaient de toute leur envergure, majestueux, au-dessus des champs fraîchement fauchés et fanés et sifflaient d’un cri perçant qui trahissait leur présence.
Ainsi, lorsqu’elle part en vacances, elle prend des maillots de bain, des robes légères, des lunettes solaires et des sandales, et quelques souvenirs des hommes de sa vie.