Covoiturage il y a deux semaines, avec un type d’une trentaine d’années et une fille légèrement plus âgée, qui avaient en commun de faire usage du monde (ce n’est pas mon cas, qui suis natif d’une ville-musée — ne pas toucher, c’est mon credo). Leur message était limpide : “faut voyager”. Je ne suis quasiment pas intervenu, me contentant d’écouter leurs échanges, dont il ressortait assez clairement que leur désir de voyage relevait avant tout d’une crainte panique de l’inertie, et des responsabilités y afférentes. Leur but n’était autre que d’être ailleurs, à tout prix ailleurs. Passionnant de voir que malgré leur vie passée à bourlinguer, ils ne parvenaient pas à formuler autre chose que des platitudes au sujet du voyage : “ça ouvre l’esprit”, “ça enrichit”... Et au sujet des pays visités, n’en parlons pas : “c’est grand”, “c’est chaud”... Mais comment leur en vouloir ? Ce sont aussi de tels mythes qui les ont poussés à aller s’acheter un sac à dos chez Décathlon.
Mais on pourrait me répondre avec raison (c’est d’ailleurs ce que je répondrais, par esprit de contradiction, si on me tenait un tel discours) que ce n’est pas parce que le récit que l’on en fait est pauvre, que le voyage le fut aussi. (Quelle mauvaise foi.)
Nouvelle marotte : l’insularité.
Montée des marches jusqu’à chez moi dans le noir. Sentiment indicible, et joie cruelle de cet indicible, réalité joyeuse à étreindre.
L’autre soir, après avoir jubilé, j’ai relâché tous mes muscles et rentré la tête dans ma poitrine comme un taureau modeste.
La littérature, une essentielle fragilité.
Cette universitaire dit à O. à propos de Saint-John Perse, qu’il admire énormément : “Saint-John Perse n’est pas intéressant en lui-même, mais par ce qu’il traverse”. On a ri...
Le symbolique, comme propre de l’homme ? L’animal ne verrait les choses que telles qu’elles sont, sans ce halo de symbole qui leur donne plus de valeur à nos yeux ? Si c’était le cas, comment Dino préférerait-il la caresse de ma main à celle de mon pied, puisque dans les deux cas, c’est “du moi” qui le caresse ?
On dit que Churchill, quand on lui demanda de prendre dans le budget britannique alloué à la culture pour financer l’effort de guerre, eut cette réponse : “mais alors pourquoi nous battons-nous ?”