T01E06 : Pause.
“Je donne des signes de faiblesse STOP”
~ Stop in Made in Love, Zazie
La fatigue. En résistance des matériaux, d’après mes lointains souvenirs de Terminale, c’est le résultat sur un corps de contraintes répétitives y étant appliquées. C’est la septième et dernière semaine de cette dernière période, et j’y ai enchaîné TP notés et interrogations. Comment vous dire. À ma première interrogation, j’avais clairement déchanté ; la deuxième n’a rien amélioré. Mais avant même que d’évoquer les réponses ou les résultats : pour votre plus grand bonheur, deux anecdotes.
Le jour de l’interrogation, j’avais réservé une des salles dédiées aux devoirs surveillés : tables individuelles et séparées, grand espace, surveillance facilitée. S’agissant d’une salle passante, j’allais évidemment désinfecter les mains de mes élèves avec du gel hydroalcoolique. Me croirez-vous ? Au moment d’appuyer sur le flacon je vis, au creux de la paume d’une élève, une de ses formules de cours. “Ah non mais je comptais l’effacer Monsieur…” Quel aplomb ! La fatigue.
Le jour du TP noté, distribution des sujets au premier demi-groupe de l’une des deux classes. Une question, pénible de candeur : “Mais ça veut dire que quand on vient dans votre classe, il y a des choses à apprendre ?”. La fatigue.
J’ai donné mes interrogations mardi ; mercredi elles étaient corrigées. Et hélas, trois fois hélas, cette rapidité n’est pas due à l’excellent niveau des copies. Je me demande si certains de mes élèves ont lu leur cours — non, je me demande presque s’ils ont le cours. La fatigue.
C’est que les combats sont multiples. Compréhension et méthodologie, calculs et maîtrise disciplinaire, expression et maîtrise de la langue. Les pièges, même si ce ne sont pas des pièges, sont multiples. Ainsi, j’apprends qu’on scelle les fioles à l’aide de “parafille”, que la préparation d’une solution s’appelle la “séparation héréditaire”, ou encore qu’il convient d’“ingérer le solide dans une fiole jaugée”. Et bon appétit, bien sûr.
Comme je l’avais déjà mentionné, je ne puis leur en vouloir. Le confinement de l’année scolaire passée, la difficulté à s’y remettre, le contexte sanitaire ; autant de raisons qui me poussent à cette fameuse bienveillance. Et puis le doute, toujours, par rapport à mes cours et à moi-même ; mais ce doute, j’essaie de n’en faire cas. Nous verrons. Plus tard. Pour eux comme pour moi, le repos est bienvenu, et mérité.
Quand j’étais élève, longtemps n’ai-je vu les vacances que comme une période faite pour les élèves. Il en fut ainsi jusqu’à ma première année dans le supérieur, quand mon enseignante de mathématiques laissa échapper vers la fin d’une période de huit semaines, qu’elle n’en pouvait plus et qu’elle n’avait qu’une hâte : que ça s’arrête. Et là, l’épiphanie. Eh oui. Tonton Jean-Relou ne le croira probablement jamais, mais pour les enseignants aussi, les heures de cours, ça use, ça use.
Ce soir, comme mes élèves, je serai en vacances. Loué soit ce répit.














