09/12/18 : Alannia
Les notes de musique remplissent l'atmosphère. Fines mais puissantes, gracieuses et froides, elles résonnent dans tout Schwartzfeld. Elle traversent les murs, les objets, le temps. Si élégantes, si mortelles. Quiconque les entendant sentirait son cœur pleurer d'émotion, emporté par le flot de beauté qui viendrait bercer ses oreilles, lui murmurant l'insoutenable vérité. Die Sonne hebt sich, der Himmel reinigt seine Wolken und ein neuer Tag beginnt. Un nouveau jour se lève, et le ciel noir de nuage s'éclaircit doucement. Mais les notes ne s'arrêtent pas, elles continuent de pulser, interminables, glacées et irréelles, à l'image même de leur créateur. Une pointe de tristesse dans les aiguës, un léger grondement dans les graves, mais une folle sérénité dans leur medium. Et elles pulsent encore et encore, sans s'arrêter, enivrant leur auditoire subjugué. Frissons, tremblements, hoquets. Adrénaline, stresse, trac. Terreur, tant de terreur ! Ses yeux ambres sont emplis d'horreur, de douleur, de frayeur. Sa peau blanche, à la limite du surnaturelle, et ses cheveux bruns trempés de sueur. Il voit le regard vitreux du cadavre, il voit les vers qui rampent et sortent de ses globules, de ses narines, de sa bouche... et sa tristesse coule et coule le long de ses joues, lui brouillant la vue. Sa voix se brise, son cœur se noie de sang, sa poitrine hurle. Il veut arrêter ce carnage. Il veut retirer son regard de ce spectacle inhumain. Mais c'est impossible, il ne peut pas. La musique, douce et tortueuse, cette musique d'une beauté polaire, elle l'en empêche... elle veut qu'il le voit. Elle le veut, et l'y contraint. Do do mi Mi fa fa mi Fa mi mi fa Mi mi do Il souhaiterait être n'importe où plutôt qu'ici. Loin de ces notes, loin de ces vers, loin de ce corps qui autrefois appartenait à sa sœur. Même les enfers lui paraissent potables, à la place de ça. Mais n'est-ce donc pas ça, les enfers ? Cette vision d'horreur, avec sa sœur prise de convulsions et ces insectes qui recouvrent son corps ? Et cette musique, cette musique à la fois inhumaine et magnifique, douce et étouffante, cette musique qui n'en finit pas... Do do mi and mi do fa, Hale in hell my dear. Le voilà. Le responsable, le tueur, le fou. Le voilà. Der Vater. Son visage est lisse, neutre. Ses yeux dorés sont clos, il est transporté dans ses notes. Ses notes comparables aux flammes des enfers, qui viennent lécher chaque parcelle de son corps en lui insufflant cette peur, cette montée d'adrénaline et cet envoûtement. Le cadavre gît à ses pieds, mais rien dans son attitude ne laisse penser qu'il l'a vu. Ses doigts dansent sur les touches de l'orgue, ses cheveux blonds habituellement impeccables sont légèrement en bataille. Un sanglot passe les lèvres de Hale, lorsqu'il comprend que c'est ellequi a fait ça à ses cheveux. Ses lèvres s'étirent une grimace douloureuse, un essai raté de sourire, et sa tristesse liquide afflue de plus belle. Évidemment que c'était elle qui s'en était pris physiquement à lui, ça ne pouvait qu'être elle. Alannia, sombre idiote, Alannia, espèce d'inconsciente ! Tu aurais dû fuir, courir loin de lui, loin de ces notes, loin de cette musique ! Alannia, princesse des flammes, gardienne de leur protection. Alannia, jeune impudente ! Stupide Alannia, stupide fougue, stupide hardiesse ! Voilà le prix de ta témérité, ce cadavre et cette musique, cette musique incessante. Et Hale, seul, sans toi. Alannia, reviens ! Reviens, pour l'amour de dieu... Die Sonne hebt sich, der Himmel reinigt seine Wolken und ein neuer Tag beginnt. Un nouveau jour se lève, et le ciel noir de nuage s'éclaircit doucement. Les notes emplissent Schwartzfelt, de ses aiguës tristes et ses graves grondeurs. Mi mi do, et les corbeaux s'envolent. Hale in hell or hell at Hale's, what difference ? Tant qu'il entendrait ces do, les enfers seraient toujours à son oreille, lui murmurant cette insoutenable vérité. Le requiem de Père.










