Cette semaine, j'ai rencontré Scouap, l'un des artistes qui interviennent dans les écoles et collèges du Pays d'Ancenis cette année. Scouap nous arrive de Rennes. Il nous parle de sa technique de travail et de son engagement à animer des ateliers de création.
Alors dis-moi, c'est quoi le mapping ?
Concrètement, ce sont des projections lumineuses sur des volumes, des formes ou des objets. Par la projection, on leur donne une nouvelle lecture. Le bâtiment prend vie, la peinture aussi, le cube, le rideau, etc. C'est une technique d'art plastique et d'art numérique, mais ça fait partie d'un ensemble. Le mapping n'existerait pas sans les autres disciplines comme le dessin, la sculpture, l'animation ou l'architecture.
Ça existe depuis combien de temps ?
Le mapping monumental tel qu'on le connait maintenant existe depuis une petite dizaine d'années. Nous, les anciens VJ, ceux qui faisaient de la vidéo sur scène avant, mais aussi les graphistes, on a été les premiers à développer la technique. Ça a commencé par de la video sur écran. Petit à petit, on a mis des objets devant les écrans, puis on a détouré les objets. Puis des outils ont commencé à être développé, et le nom est apparu. Du coup, on a pu mettre un nom sur une technique qu'on utilisait déjà.
Comment t'es venu à cette pratique ?
Quand je faisais des installations numériques, c'était avec l'idée d'utiliser un support, une matière, ensuite d'y mettre de la lumière. Quand la vidéo-projection m'a permis d'y mettre de la couleur, de définir des zones, c'est devenu un nouvel outil parmi d'autres. Je me dis vidéo-plasticien. Je fais de l'art plastique en utilisant de la vidéo. Mais avant de projeter de la lumière sur une sculpture par exemple, je la fabrique. La projection arrive toujours après. Comme pour le mapping monumental, architectural, le mapping arrive après le bâtiment.
Ta pratique a-t-elle évoluée ?
On a commencé par le monumental. Ça nous impressionnait. Nous même on était surpris par ce qu'on pouvait faire. C'est l'arrivée de gros projecteurs de plus en plus puissants et de moins en moins cher qui a permis l'accès à la pratique. On louait du matériel, et on a commencé à s'acheter des vidéoprojs. Ensuite, la pratique s'est développée. C'est à peu près à ce moment là que j'ai commencé à ressentir que j'en avais fait le tour. J'ai ressenti le besoin de faire autrement. C'est là que j'ai développé des outils qui m'ont permis de faire du mapping sur des peintures, sur des sculptures, bref, des choses plus à échelle humaine. Des choses que je pouvais présenter, re-représenter, à la différente du mapping architectural. Quand t'en fais c'est souvent du one shot. Tu bosses pendant deux, trois ou quatre mois, tu le présentes une fois et c'est fini. Et puis, dans le monumental, c'était le plus souvent des projets de commande, qui te plaisaient pas tant que ça. Le seul moyen pour bosser sur des projets qui m'intéressaient vraiment, c'était de réduire le format. C'est à ce moment là que j'ai développé le mapping sur peinture.
Tes activités se déclinent de quelle manière ?
Y'a les créations avec le jeune public comme ce que je fais cette semaine à Riaillé. C'est participatif et interactif. Ça redonne du sens à cette technique, ça reste pas juste un objet de consommation. En animant des ateliers, on la rend au public en leur permettant de manipuler et de réaliser que c'est un média qu'ils peuvent eux aussi utiliser, eux aussi mettre en place. Tu peux faire un petit mapping dans ton salon. Il te faut juste un vidéo-projecteur, un ordinateur et une tablette à dessiner. Sinon, je fais aussi beaucoup d'accompagnement à la création, pour des compagnies et des groupes. En gros, je bosse dans tous les contextes qui nécessitent l'utilisation de la vidéo dans un espace visuel. Je travaille même pour des entreprises. Sinon, je suis aussi formateur. Je fais partie de groupes, je suis performeur, et j'interviens avec d'autres groupes de musique. Donc tu vois, mon activité est très diverse. Je fais ça depuis 15 ans et j'ai pas eu une semaine, une journée qui se ressemblaient.
Quel sens ça a pour toi d'animer des ateliers de création ?
Moi ce qui m’intéresse c'est quand les gamins peuvent voir le résultat de leur travail. Je veux qu'ils comprennent qu'on peut « tous » faire, à partir du moment où on « veut » faire. Faut pas se bloquer, se mettre dans des carcans.T'es pas forcément destiné à aller travailler à l'usine. Moi par exemple, je viens d'un milieu plutôt modeste. J'ai quand même été faire des études, je m'en sortais. J'étais pas destiné à avoir une vie aussi facile, si confortable. Donc, dans mes interventions, y'a tout ce coté. Je veux leur montrer ce dont ils sont capables. Le résultat final, c'est leur travail. C'est toujours ça que je mets en avant : « c'est votre travail que vous êtes en train de regarder. C'est pas le mien ». Je tiens vraiment à aller jusqu'au bout avec eux. Le moindre fondu entre deux images, c'est eux qui le choisissent. Ça m’intéresse pas de savoir si c'est joli ou pas. Je suis pas là pour juger. Pour moi, le but c'est vraiment de vulgariser ces techniques et l'art en général.
Ici, la classe de 4ème du collège Saint-Augustin à Riaillé qui a participé à l’atelier Mapping. Scouap interviendra de nouveau sur le territoire courant février. Les créations réalisées durant ces ateliers seront exposés les 24 et 25 mai 2018 au dans la chapelle des Ursulines.
En savoir plus sur Scouab : http://scouap.fr/
Interview et photographies : Adeline Praud : https://adelinepraud.com/