(Wabap) Faire taire sa "voix critique" et laisser la voie libre à sa parole! Il était indécis, mais finalement il est là: l'épisode 2 de mon audioblog! Bonne écoute et n'hésitez pas à partager, commenter...Coeur sur vous!
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Son tour d'horizon de son bout de jardin terminé, Manzèl prit place dans la cour pour ses lignes matinales. Elle ne tenait pas vraiment un journal. Elle avait abandonné cette idée depuis longtemps. Il n'était pas toujours nécessaire de tout consigner, ou de tout se rappeler. Certains souvenirs perdus étaient bien là où ils étaient. Et puis, elle n'était pas du genre constante ni disciplinée. Elle se souvenait avec tendresse de ce journal paré d'un petit cadenas qu'une de ses cousines lui avait offert pour sa première communion lui semblait-il. Rose avec des fleurs. Elle détestait ces tournures pseudo féminines que pouvaient prendre les choses dès qu'il y avait du rose impliqué dans l'affaire. De plus, elle ne voyait vraiment pas à quoi pourrait bien lui servir un journal. Elle n'avait jamais rien à raconter. Il ne se passait pas grand chose au cours de ces longues journées qui déroulaient leurs heures entre école, chemin de l'école, devoir d'école, et les repas qui faisaient leur affaire sans lyrisme aucun. Un journal !
Assise à l'ombre d'un arbre à noni dégageant une forte odeur à laquelle elle s'était habituée au cours des années, elle ouvrit son cahier. Elle y lut avec amusement la liste qu'elle avait rédigée la veille. Une de ses amies qui n'avait de cesse de vouloir la caser avec quelque homme de son entourage, avait répondu à son refus d'un rendez-vous arrangé par un cinglant: tu vas finir toute seule ma fille!
Ce que son amie n'avait pas compris, c'est que ce ne serait pas si grave. Avant de laisser un homme tenter d'accorder ses pas aux siens, il faudrait déjà qu'elle accepte de marcher vers elle-même. Quand Aimée fut partie, Manzèl avait pris son cahier et listé ce qu'elle aimerait retrouver chez un homme, le jour où elle se sentirait prête à en rencontrer un. Elle aimait bien les listes. C'était clair, décidé et sans ambiguïté. Elle avait simplement écrit à côté du mot Lui repassé plusieurs fois au stylo bille.
Savoir cuisiner. Accepter de vivre une étrange relation avec elle et Chester, Pedro Juan, Thélonius, Miles, John, Ben, Henry, Gill Scott, Richard, Walter, Dany, Jean-Michel et les autres. Danser, contredanser, temps-danser, dissi-danser et etc de manières de bouger corps et âme. Oh oui, ça c'était obligatoire. Elle qui avait une passion folle pour l'iode, aurait désiré que la chance lui permette de rencontrer un homme qui aime le poisson cru, Ozu, Kurozawa, Mishima sans faire de chichis. Voyager même sans passeport. Ne pas être lost in translation à ses côtés. En avoir. Savoir faire le moonwalk en totale horizontalité. Ce n'était pas parce qu'elle vivait seule qu'elle n'avait pas une appréciation exacte du plaisir quand même. Cependant elle savait se débrouiller seule et l'argument du corps ne pourrait à lui seul remporter la bataille; il lui faudrait un homme qui sache verticaliser l'existence. Un homme qui sache vivre et aimer ça par tous les moyens nécessaires. Exprimer ses pensées sans regarder à la dépense. Ne pas avoir peur du contact dru et doux d'une tignasse en boycott de traitement chimique. Considérer le non et le oui.
Tandis que Manzèl se relisait, elle se dit que sa liste était probablement trop longue et complexe, et tourna la page.
De toutes façons, ce n'était pas une affaire d'homme qui occupait son esprit depuis bientôt un mois.
Et son coeur en chinnpontong se demandait où aller. Une affaire de contre-courant avait emporté son balan depuis long time, et malgré des intensions dévôtes au culte d'un lâcher-prise wanted partout où elle mettait les pieds, son agir se trimballait un malaise kouchal. Manzèl ne parvenait même pas à sourire pour de vrai. Elle se réjouissait par défaut. Avait une joie froncée tatouée sur ses sourcils et barrant chaque matin que la vie osait lui proposer.
Certains disaient qu'on lui avait fait mal. Qu'elle était amarrée à un vieux désespoir qui sentait mauvais. Que ses sentiments étaient secs comme en temps d'un carême sans réchauffement climatique. Qu'elle faisait une dépression artérielle et que son sang faisait plus d'un tour. D'autres accusaient un vieux vice qu'elle avait dans son corps; le même qui gâtait les enfants gâtés toujours insatisfaits.
Qui savait ce qui se passait réellement dans la tête de manzèl? Une chose était certaine: ce n'était pas un mal caduque qui cesserait à la prochaine saison...
#2
C'est que son cœur avait pris tellement de sauts qu'il était plein de bleus. Et nu. Tout nu, tout bleu. Un coeur exacerbant l'angoisse comme si c'était bon pour lui. Manzèl avait un cœur qui chantait faux et comme elle ne savait jamais sur quel pied danser, tout cela donnait à sa vie l'air d'une kalenda avec une seule jambe.
C'était une seule affaire de doutes qui n'en finissait pas. Un seul biguidir qui arrachait ses sentiments en confettis pour laisser l'amertume la mettre à la fête. Cette fille-là portait sa peine comme d'autres se paraient de robes à la mode.
Elle aurait eu besoin de bien plus qu'un bain de mer parfumé à l'essence de rose et froissé de trois feuilles différentes, pour la sortir de l'entrave wélélé qui lui faisait de l'ombre. La lumière se faisait rare, en ces temps de délestage sentimental. Alors Manzèl hésitait entre avancer à tâtons ou laisser la vie là où elle était. Elle qui rêvait parfois de venir franchement, côtoyer la sérénité; finissait le plus souvent par être si dure avec elle-même, qu'elle en avait du chagrin...
#3
Le chagrin c'était mauvais pour la foi. Elle en avait conscience. Mais.
Manzèl avait toujours quelque chose à redire au bonheur. Aussi infime soit-il.
Les mauvaises langues, obsédées par l'optimisme au point de refuser de croire que la mélancolie pouvait s'incruster chez certains plus que d'autres, lui menaient la vie dure. À coups de conseils avisés sur l'alignement de ses pensées, la quête de la motivation saine, la pleine conscience, et tout un tas d'autres bons sentiments névralgiques pour quiconque n'était pas confortable avec sa propre présence.
Son problème n'était cependant pas de méconnaître toutes ces choses, c'était de croire qu'elle valait la peine de s'aimer. Tout simplement.
Manzèl donnait sa présence à la vie comme un chien dans une yole. C'était un ladja phénoménal dans sa tête. Entre un «oui» vibrant qu'elle parvenait à convoquer régulièrement, et une histoire de «mais non» qui mettait trop d'impossible au bout de chaque espoir. Quel fer!
Au final le «mais» remportait la bataille sur un «oui» qui ressemblait trop à un «non».
Que faire? Si seulement elle savait comment mettre son corps et son esprit d'accord.
Elle se sentait à l'étroit dans ce labyrinthe construit si patiemment par elle-même et dont elle ne se souvenait plus de l'entrée. Et quelle serait l'issue de ce babillage silencieux qui tourmentait sa volonté?
Elle était assise sur le bord de ses sentiments et contemplait le morne au sommet duquel, chaque jour elle portait cette roche que l'envie de changement lui faisait tenir.
Manzèl regardait la bêtise dans laquelle elle avait sauté à pieds joints, et la menaçait.
Elle murmurait : «Demain j'aurai ta peau fichue peur. Et la paix viendra». Oui.
#4
En vérité, elle croyait en la paix dure comme faire. Telle une jumpy en manque, elle la cherchait dans les moindres recoins d'une sensibilité abîmée et aride. Une sorte de drive mentale qui ne voulait même pas la prendre en stop, et qui l'obligeait à prendre plus de temps que les autres pour parvenir à ses fins.
Mais ce n'était pas un mal être rance, hérité sans testament, qui lui couperait la route. Awa.
Malgré un monde de tribulations et de peines qui pesait sur ses choix, Manzèl ne voulait pas s'abandonner. Lâcher-prise sur quantités de vieux limbés et rancœurs qui lui barrait l'horizon, oui. Mais se laisser aller à abandonner, awa! Il ne fallait pas que le désarroi compte sur elle pour nourrir son appétit agoulou.
Cette fille-là n'avait pas traversé toute cette amertume avec sa croyance en l'avenir chiffonnée dans sa poche, froissée et presque déchirée mais toujours entière; pour ne pas trouver cette paix qui la soignerait.
En dépit du fardeau qui coulait en elle tel une rivière cherchant l'amer, il lui restait une miette de courage. Les cellules de son corps en faisaient un festin, tout en prenant garde à faire des réserves pour plus tard. Ultime miette de courage.
Cette imperceptible poussière d'énergie était le début d'une montagne. C'est ce qu'elle se murmurait, comme un mantra, tandis qu'elle défaisait ses tresses ce matin-là...
#5
Le jour ne s'était pas encore mis debout avec toute la ténacité du soleil. Le ciel était encore dans les bras de la nuit précédente, mais quelques coqs déclaraient déjà la guerre aux étoiles.
C'était une heure magique. Le silence accordait au moindre bruit une espèce de beauté désarmante. Tient, la voisine venait d'allumer sa radio et pestait comme chaque matin à la même heure, contre sa vue qui baissait et l'empêchait de passer de Radio Dieu merci à Radio c'est nous-mêmes. De l'autre côté de la rue, le fils de la voisine faisait chauffer le moteur cacophonique de sa voiture tunée. Fracas de l'aube. Il était en retard aujourd'hui. Pauvre diable, le sommeil avait barré la route à son réveil et il était bien parti pour une bonne heure d'embouteillage.
Manzèl sourit. Chez elle, il n'y avait que son souffle pour faire vibrer l'air. Et le crissement de ses cheveux contre son peigne.
La radio déversait des nouvelles du monde, en sourdine. Elle n'était pas encore prête pour tout ce wélélé et ces gwopwèl chimériques...
#6
Elle n'était pas prête non plus pour ce qui l'attendait ce jour-là. Cela faisait deux nuits que ses rêves étaient sans dessus dessous. Qu'elle se réveillait en pleine nuit, ouvrait les yeux et voyait tous ses tracas assis en cercle autour de son lit et ricanant d'un vieux rire gras et méchant.
Elle avait souvent espéré ce moment, et maintenant qu'il se présentait, elle mesurait toutes les douleurs qui pouvaient l'accompagner. Elle chassa d'un coup de brosse l'angoisse qui faisait déjà mine d'envahir une quiétude qu'elle travaillait au corps. Manzèl avait tendance à ne pas se laisser tranquille et à trop réfléchir. Elle savait bien que cela ne lui avait jamais porté secours et qu'au contraire, toute cette rationalisation et ce besoin incessant de comprendre les comportements inutiles des uns et des autres, ne lui avait porté que critiques et coups de sang.
Tandis que ses pensées couraient malgré elle, telles un cheval trois pattes sans tête dans un carrefour sans croisée, elle saisit sa bouteille d'huile de carapate. Était-ce la précipitation que son trouble provoquait, ou le téléphone qui vint interrompre ses cogitations et qui sonnait beaucoup trop tôt à son goût, elle renversa bien trop brusquement la fiole d'huile et celle-ci déversa tout son contenu dans sa paume, qui était trop petite pour le liquide épais. Le carapate coula entre ses doigts et vint se répandre sur sa chemise de nuit, ses jambes et ses pieds.
Woy, Manzèl était vexée par cette contrariété bien trop matinale. Qui était donc cet importun qui venait perturber son rituel si minutieusement organisé.
Elle qui avait tant de mal à revêtir des habitudes, était parvenue à instaurer ce temps après le réveil. Elle y tenait. Elle avait besoin d'un garde-fou.
La religion avait joué ce rôle pour les femmes du temps précédent, mais Manzèl était de la génération spirituelle. Celle qui ne va pas à la messe, sans être pour autant athée, mais qui croit en une force qui transmet son flux aux êtres et aux choses.
Elle avait rapidement mis un terme aux longues conversations que sa mère initiait à ce sujet, et qui résonnaient plus comme une lutte prosélyte que comme un dialogue mère-fille.
Manzèl avait décidé un beau jour que c'en était fini des micro agressions qui la poussait dans des retranchements où elle était trop souvent seule. Finis les débats sans fin qui avaient pour unique objectif de lui démontrer qu'elle n'avait pas fait les bons choix. Finies les coliques de colère qui la prenaient alors. Fini cet état de solitude qui tombait sur elle après ces paroles qui tenaient davantage du procès, du jugement, de la sentence, alors qu'elle n'avait rien demandé à personne.
C'était violence et malaise pour elle. C'était parole inutile et temps perdu pour elle.
Pour elle, trouver la paix était fondamental et toutes ces palabres pour rien n'étaient que déviations non désirées sur sa route.
Manzèl résista au réflexe de laisser une vieille colère kouchal s'emparer de son corps ce matin-là. Elle profita de cette huile répandue sur ses jambes et se mit à les masser comme si sa vie en dépendait...
#7
L'huile de carapate avait quelque chose qui collait à la peau. Une texture plaisante et désagréable à la fois. Il fallait insister pour qu'elle pénètre l'épiderme en profondeur.
C'était finalement très agréable et Manzèl concentrait toute son énergie dans ce geste qui l'aidait à canaliser les pensées qui la traversaient.
Elle appréhendait ce rendez-vous qu'elle avait pourtant tant espéré. Quelle en serait l'issue? Obtiendrait-elle des réponses à ses questions ?
À dire vrai, elle n'avait pas de véritable interrogation, sinon un besoin d'être rassurée. Elle voulait comprendre ce qui lui arrivait. Elle souhaitait trouver un chemin paisible à parcourir.
Son esprit rationnel avait longtemps rejeté ce type de pratique, mais il fallait bien avouer que personne n'avait encore réussi à lui ôter ce poids qui encombrait son plexus et faisait de l'ombre à sa joie. Car il était bien question de joie à travers cette quête inlassable du lâcher prise.
#8
Lâcher prise. Parfois c'était tout un concept pour Manzèl. Un mot valise pour les voyages hors zone de confort, un titre de dossier pour Psycho Magazine, une suggestion d'ami sur réseau social, un créneau pour coach pour gens qui veulent se développer personnellement.
Tout le monde n'avait que cette expression à la bouche. Il faut lâcher prise. C'est à travers le lâcher prise que l'on se libère. Tu devrais essayer la pleine conscience, ça t'aidera à lâcher prise. C'était certainement vrai, elle n'en doutait pas. Cette histoire avait du sens, oui; mais les graines d'ironie semées finissaient toujours par germer. Lâcher prise, je veux bien, mais que fait-on quand on n'a jamais tenu prise. Quand tout te glisse dans les mains comme si tu avais enduit et tes espoirs et ta vie d'huile de coco première pression à froid.
Manzèl était pourtant du genre crispée, agrippée à la moindre excuse pour ne pas affronter les choix en face; cela ne l'empêchait pas d'être obligée d'avouer qu'elle ne tenait pas à elle-même.
Une réflexion en amenant une autre, elle réalisa que tenir et ternir étaient des mots si proches. C'est ce moment que choisit la cafetière pour héler que le jour était levé...
#9
Ce café-là venait de son jardin et chaque matin une pointe de fierté venait adoucir la légère note d'amertume arabica qui faisait toute la beauté de ses petits matins. Du café de son jardin, oui. Son coeur et son nez se gonflaient d'orgueil. C'est que Manzèl n'avait pas la main verte, comme on dit. Non. Quantité de plantes avaient péri sous ses soins trop rares ou trop assidus. C'était selon. Elle aimait ses plantes comme elle aimait les gens: trop ou pas assez.
Comment trouver le juste mitan. L'équilibre fragile entre deux états. C'était la question qu'elle se posait alors qu'elle venait de poser sa tasse sur le rebord de la fenêtre pour glisser son doigt dans un pot de patchouli et constater que la terre avait été bien trop arrosée. Elle ne se souvenait pas l'avoir fait la veille au soir. Ou peut-être. C'était probable. Elle ne savait pas toujours ce qu'elle faisait. L'oubli s'invitait souvent au cours de ses journées.
Elle reprit sa tasse de café, pour constater qu'il avait refroidi.
Le reste de liquide noir, non sucré, légèrement acidulé et dorénavant froid, finit dans le pot de patchouli. Manzèl entendit presque ses racines crier à l'aide.