Cette nuit, je me suis surprise à rêver d’un Paris déserté, devenu le terrain de jeux de skaters profitant de ses multiples architectures et sculptures urbaines.
Aux États-Unis, on compte des milliers de villes fantômes. Victimes de la crise, elles ont vu ces dernières décennies leurs habitants désœuvrés migrer vers les métropoles les plus proches. Des années plus tard, on voit apparaitre ça et là de nouvelles structures s’ajoutant aux existantes et permettant aux squatteurs/skaters d’optimiser leur expérience de glisse. Dans le cas des piscines californiennes vides, nul besoin d’agréments puisque leurs angles courbes permettent déjà pléthore de figures.
L’artiste français Raphaël Zarka s’est intéressé à cette pratique et à l’imagerie qui l’entoure. Dans Topographie anecdotée, il répertorie les principales formes -courbes, plans inclinés, parallélépipèdes- et matériaux -béton, bois, ferronnerie- constitutifs des skateparks. Prenant comme point commun leur lutte contre la pesanteur, l’artiste fait un parallèle entre les constructions des skaters et les recherches de Galilée.
« Dans une situation expérimentale similaire, Danny Way [skateur professionnel] et Galilée arrivent aux mêmes conclusions ».
Dans Riding Modern Art, un ouvrage parut aux éditions B42, Zarka compile un ensemble de photographies glanées dans des magazines et des blogs dédiés au skate. Elles montrent des skaters réalisant des figures sur des œuvres d’art urbaines. L’occasion de questionner la notion d’art et sa relation au corps. En les pratiquant, les skateurs mettent en application les mouvements qu’ont voulu suggérer les sculpteurs à travers leurs créations.
Les critères esthétiques d’appréciation d’une œuvre semblent soudain lointains et démodés. Place à une nouvelle ère. Celle de l’appréciation performative.















