(via Qu'est-ce qu'un rêve surréaliste ?)
Les surréalistes, amateurs d'expérimentations jouant avec les limites du savoir et du sentir, ont tout de suite vu dans le sommeil hypnotique un moyen de délivrer le processus de création de toute tentative de contrôle par la raison. C'est ainsi que dans le salon d'André Breton, fédérateur de plusieurs artistes rattachés au mouvement surréalistes tels que Man Ray, Max Morise ou Robert Desnos, se mettent en place des séances de rêves éveillés, supposées stimuler l'imaginaire en renouant avec les désirs et souvenirs inconscients. Ce fut plus précisément René Crevel qui introduisit le groupe à ces expériences hypnotiques, en déclamant avec emphase un récit extravagant à base de grenouilles et de femmes qui noient leurs maris. André Breton croit déceler dans ce chant à la fois terrifiant et fascinant le "spectre sensible" de Crevel. Parmi tous ces artistes transformés par ces réunions hypnotiques "en une sorte d’agents mystérieux ou d’ambassadeurs royaux d’un domaine attirant et étrange", selon les mots de Simone Breton, c'est Robert Desnos qui en fut le représentant privilégié. Est-ce que cela nous révèle l'aspect obscur de ce désir propre aux surréalistes de s'approcher de l'inconscient, de ses désirs enfouis et de sa violence bridée ? Ils n'avaient en effet pas de distance avec ces essais et s'y jeter corps et âme. Est-ce que le rêve était une nouvelle forme de pensée ? Avait-il une visée artistique et littéraire ou s'agissait-il simplement de tester ses limites?










