Stupeur a la sommite
Une révolution linguistique de taille se profile pour le monde francophone. Ruggiero Granini, humble professeur d’Histoire Brunelleschienne II à l’EFPL, pourrait bien devenir mondialement – ou du moins francophonement – connu : il est en effet la cause de la découverte de ce qui s’avérerait être une des sources les plus anciennes de la langue latine, par extension, française.
En effet, cette pointure intellectuelle utilise plus que souvent le mot “sommité”, lorsque par exemple il désigne l’extrémité supérieure d’une coupole (brunelleschienne) ou encore le haut d’une quelconque architrave morte. Dans ses paroles, une conviction telle que ses élèves, d’abord gloussants, en sont venus à se demander si une once de vérité vocabulairienne n’était pas présente dans ledit mot. Posséderait-il un sens autre que celui que le Larousse lui accorde – “personne éminente dans un domaine quelconque” ?
La police grammaticale, à laquelle le sujet a été dénoncé, a déclaré ne jamais avoir entendu parler d’un tel sens. Cependant, Ulysse Latruite, un vocabulo-grammaticologue reconnu, nous a confié que des recherches avaient été menées à ce sujet, mais qui devaient rester secrètes pour des raisons gouvernementales évidentes.
Nous avons, bien évidemment, enquêté et mis nos nez revigorés par le printemps là où ils n’appartiennent pas. Une de nos sources infiltrées au Département des Découvertes Grammaticales nous a confirmé l’existence d’une telle recherche, et nous a donné accès à ses résultats. “Sommité”, comme plusieurs autres mots – tous régulièrement utilisés par Ruggiero Granini – ont en effet des origines qui remontent à l’ère Néolithique, soit avant l’invention de l’écriture, époque à laquelle le sens que leur donne aujourd’hui le professeur d’Histoire prédominaient. De plus, les fameuses “colonnes cadre mortes”, dont Ruggiero Granini est féru, étaient très appréciées à cette même époque, où elles faisaient rage sur les édifices religieux tels que les dolmens.
“C’est révoltant”, nous rapporte un élève. “Depuis le début du semestre, à chaque fois qu’il parlait de ‘sommité’, j’écrivais ‘sommet’ dans mes notes car c’était le mot qui me semblait le plus proche. Et maintenant on nous dit qu’il avait raison.” La police grammaticale a donc abandonné toutes les charges retenues contre son éminente personne et lui a présenté ses excuses. En plus d’avoir donné à tous les employés de la police grammaticale une page entière de bibliographie à lire, Ruggiero Granini a demandé que tous les livres traitant d’Histoire Brunelleschienne soient réédités avec le vocabulaire adéquat.
Lila L'Oxyde









