Après avoir rejoins les rives du Mékong, à Nong Khai, ville frontalière, nous décidons de prendre la route pour Loei, petite ville située dans les terres, au nord-est de la Thaïlande.
Dans une ambiance bon enfant, nous empruntons la route sinueuse qui longe le fleuve, en bus, aux allures de ceux qui furent lancés dans les années 70. Le bus de tôles fend la route, sous les secousses, et la musique traditionnelle stridente sinon agréable, que le chauffeur a décidé de nous passer.
Au milieu de la route, nous changeons de moyen de locomotion au profit de ce qui pourrait ressembler à un camion, tout ce qui a de plus spartiate en apparence.
En guise de sièges, deux planches se font face, matelassées mais toujours aussi inconfortables. Elles accueillent chacunes une dizaine de personnes tout au plus.
En quête de sensation (Théo me faisait d'ailleurs remarquer à ce sujet notre besoin irrépressible en adrénaline, mais j'y consacrerai sans doute un texte un peu plus tard), je me hâte et me précipite vers l'un des deux côtés du camion sur lequel je vais passer plus de deux heures. Le songthaew, c'est ainsi qu'il se nomme, s'arrête partout, le songthaew s'arrête nulle part. Sur demande, il laisse monter ou descendre qui veut. Seules balises, le départ, l'arrivée et, quelque fois (en ville notamment), certains lieux de passages (gares).
Ce transport me fascine par sa simplicité, sa lenteur, qui permet au passage de découvrir les magnifiques paysages qui s'offrent à nous. Rapport fusionnel à la route, aux éléments naturels, c'est le moyen de transport le plus répandu ici, celui des locaux, et qui dessert les plus petites localités.
En s'asseyant dans le songthaew, une histoire se crée. Des personnes montent, descendent, une discussion naît entre locaux et nous (alors seuls étrangers à bord), dans une joyeuse incompréhension, puisque tous les Thaï ne parlent pas anglais. On fait littéralement face à la vie locale, les regards se croisent, les sourires s'échangent, comme ils ne se croisent et ne s'échangent pas dans un taxi, un tuk-tuk, ou un simple bus (où les sièges ne se font pas face). Passagers côtoient marchandises, que le chauffeur livre à des connaissances. Ainsi, on se retrouve aisément en face d'un sac de riz, d'un sac de peluches, sans comprendre le pourquoi du comment. Le transport en commun prend alors tout son sens.
Le chauffeur descend du camion et s'empresse de détacher les bâches, fixées sur les côtés de l'engin, pour protéger les passagers des restes de la saison des pluies.
Le trajet est rythmé par la régularité de la route et ses aléas, secousses et tremblements réveillent alors les âmes à la recherche d'un paisible appui tête.
Chaque trajet en songthaew est une épreuve, chaque trajet est une belle histoire à raconter...