Frontlines : Le Stambali, dernière danse des esprits
Un panthéon d'esprits nés en Afrique subsaharienne, des cérémonies qui se tiennent à portes closes et une musique thérapeutique… En Tunisie vibre le stambali, le rituel qui soigne et délivre. En route pour la possession.
Stombali, stambali ou stambeli… L’origine même du mot est plurielle, indéterminée. Certains invoquent la référence Istanbul — en arabe, stambali signifie « qui vient d’Istanbul » —, d’autres pensent que le mot serait en fait dérivé de stambeli, qui désigne un ensemble de rituels de possession chez certains peuples nilo-sahariens, comme les Songhaï : « on peut affirmer sans se tromper que le stambeli est un culte, plus précisément un rite, africain, dilué, mais conservé dans l’Islam », explique Amine Metani. Musicien et fondateur du label de transe électronique Shouka, Amine puise — comme le producteur tunisien Ghoula ou les artistes du collectif Arabstazy —, largement ses influences au sein de cette musique secrète. « Le stambeli perpétue le culte de saints musulmans et d’esprits d’Afrique Noire, comme les Bori, célébrés chez les Haoussas. » Unifiés au sein d’une même croyance, ces deux mondes composent ainsi un biotope complexe d’entités sacrées. On les appelle les mlouks : « les mlouks sont des figures préislamiques », poursuit Amine. « Ils composent un panthéon très élaboré, à dissocier du monde des jinns par exemple, reconnus dans le Coran. » Sexués, parfois flanqués de leurs progénitures, les esprits du stambali sont africains, pour la plupart musulmans, bien que certains soient décrits comme étant chrétiens.
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Photographies : Augustin Le Gall










